Remonter à la source

Christine Tréguier  • 10 novembre 2011
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Chez nous, la liberté d’expression est sacrée. On a vu (avec soulagement) les politiques de tous bords condamner l’incendie des locaux de Charlie Hebdo et se déclarer solidaires de l’hebdomadaire satirique. Mais la liberté d’information, elle, est à géométrie variable. Le secret des sources journalistiques a du plomb dans l’aile. En moins d’un mois, deux affaires ont visé des journalistes du Monde . À la suite de la publication d’un article révélant les liens entre Patrice de Maistre, l’ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, et Éric Woerth, Bernard Squarcini, grand patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), s’est octroyé le droit, sans passer par un magistrat, de réquisitionner les fadettes (factures détaillées) de deux journalistes du quotidien. Objectif avoué, identifier la taupe de toute urgence : « Il ne s’agissait pas, affirme son adjoint, de s’intéresser au x sources du rédacteur, mais bien à la divulgation de documents. »

Pas les sources donc, mais la source. La nuance laisse perplexe. La juge qui a mis Squarcini en examen, Sylvia Zimmermann, découvre alors, au cours de son enquête, une autre réquisition de fadettes, visant là encore deux plumitifs du Monde. Cette fois-ci, l’ordre émane du parquet de Marseille. Après la publication de deux articles évoquant des investigations en cours dans le milieu du grand banditisme corse, le procureur de Marseille a ouvert une enquête pour violation du secret de l’instruction. « J’ai agi en conformité avec la loi, qui autorise la saisie de facturations téléphoniques dans certains cas bien précis, par exemple lors des affaires de criminalité organisée », se défend-il. C’est escamoter un peu vite la loi de 1881 relative à la liberté de la presse (modifiée en 2010), qui restreint l’atteinte aux sources à « un impératif prépondérant d’intérêt public ».

Le fauchage d’OGM relèverait-il de la criminalité organisée ou de l’impératif prépondérant d’intérêt public, s’interroge Frédéric Jacquemart, le directeur de publication du magazine Inf’OGM . Le 14 octobre, son rédacteur en chef, Christophe Noisette, a été convoqué à la gendarmerie. Motif : une brève (onze lignes) rédigée un an plus tôt qui évoque un fauchage de tournesols mutés sur la commune de Saint-Léopardin-d’Augy (Allier) et cite les faucheurs volontaires qui ont revendiqué cette action. La maréchaussée veut savoir s’il est impliqué, qui lui a demandé d’écrire cet article, et surtout qui l’a informé de cette action.

Christophe Noisette explique qu’il n’a fait que rendre compte, sort sa carte de presse et revendique le secret de ses sources. «  Ils sont restés courtois, mais ils ont insisté pendant une heure, me disant qu’il fallait aider la justice et que si je ne parlais pas maintenant le parquet allait lever ma protection judiciaire, et je serais convoqué à nouveau. » Cette pratique d’intimidation n’est pas nouvelle. En 2006, les gendarmes du Loiret avaient exigé (sans succès) du rédacteur en chef de la République du Centre qu’il leur remette toutes les photos prises lors d’un fauchage.

Demain, les enquêteurs pourraient être tentés d’utiliser une autre menace, celle « d’entrave à l’enquête judiciaire », un nouveau délit sanctionnant la non-divulgation d’informations utiles à l’enquête, dont la création est suggérée par le récent Livre blanc sur la sécurité publique. À suivre de près.

http://www.infogm.org/spip.php?article4934
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