Trop, c’est trop !

Christine Tréguier  • 1 décembre 2011
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La triste affaire du Chambon-sur-Lignon a été, une fois de plus, l’occasion d’un écœurant déballage médiatico-politique. Une véritable aubaine pour le gouvernement Sarkozy, qui n’a pas manqué d’exploiter l’émotion suscitée par la mort dramatique d’Agnès. Télés et radios y ont consacré la quasi-totalité de leurs journaux d’information. Les animateurs ont convoqué experts et politiques pour, dans la précipitation, désigner des coupables. Les juges ? Les experts psychiatres ? Comment ont-ils pu faire confiance à un mineur violeur et lui laisser une chance de se réinsérer ? Pourquoi n’est-on pas dans un monde à la Minority Report, où le crime est prédit par des experts surdoués et sa commission empêchée par une arrestation préventive de celui susceptible de le perpétrer ?

Réunion gouvernementale, mission d’enquête, énième projet de loi contre la récidive, le gouvernement a sorti le grand jeu habituel, vociférations sarkozyennes en moins. Complaisamment aidé par des intervieweurs qui, au lieu de mettre de la distance, en ont rajouté dans le pathos. Pourtant, de tels crimes sont rarissimes, et c’est peut-être la preuve qu’une justice qui mise sur la réinsertion des mineurs marche finalement plutôt bien. Mais ceux qui ont tenté de le dire ont vite été accusés de minimiser l’affaire par de fervents sarkozystes jouant les outragés. L’émission « Mots croisés » du 21 novembre en est un bel exemple. Pour Georges Fenech (responsable des questions de sécurité à l’UMP), la seule option pour un mineur inculpé de viol, c’est la détention ou le placement en Centre éducatif fermé (CEF). Il a étrillé les experts psychiatres, des incompétents mal formés qui, selon lui, prétendent juger vite fait en deux heures de la dangerosité d’un individu. Et de prôner les vertus de l’évaluation par échelles actuarielles – une méthode statistique qui prend en compte la psychologie et les actes mais aussi le parcours, le contexte familial, etc. – pour prédire les risques de récidive. Une méthode qui n’est pas une panacée, selon Matthieu Bonduelle, du Syndicat de la magistrature. « On passe du diagnostic au pronostic », a-t-il fait remarquer.

Tout en reconnaissant l’échec et le déficit d’information dans l’affaire de Chambon-sur-Lignon, Pierre Lamothe, expert psychiatre, a souligné la rareté de ce genre de cas. Et répété tout au long du débat que la politique de lutte contre la récidive fondée sur l’expertise et le fait d’accorder une seconde chance ont fait leurs preuves : « C’est un pari social positif. Les victimes sont mieux protégées par les régimes de confiance que par les régimes de défiance. Toutes les petites Agnès à venir sont protégées par la considération qu’on peut avoir pour les délinquants. » Fureur de Georges Fenech. « Scandalisé », « choqué », il l’a aussitôt accusé de banaliser l’affaire.

Mais ce qui choque le plus, c’est le cirque autour du décès tragique d’une enfant, orchestré par des médias qui savent à quel point ce genre de drame peut être instrumentalisé en période électorale. On se souvient encore des images de Papy Voise, ce retraité agressé chez lui à la veille du premier tour de 2002. Robert Namias, ex-directeur de l’info de TF1, vient de reconnaître que le matraquage de ce fait divers était « une faute ». Mais cette info-là est passée inaperçue.

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