Il est juste et légitime de rendre hommage à Gilles Jacquier, tué en Syrie par un tir de mortier. Un grand reporter courageux, aimé de ses confrères. Père de famille.
C’est un triste événement.
Un couvreur tombant d’un toit aussi ; ou un sapeur pompier mort au feu, un flic descendu par un malfrat : des accidents du travail, il y en a des centaines tous les ans.
Ce rappel ne doit pas être pris pour une provocation : la profession de journaliste n’a guère bonne presse et sembler trop en faire à l’occasion de la mort de l’un des nôtres pourrait vite passer pour du corporatisme.
D’un autre côté, la mort de Jacquier pose bien des questions, auxquelles il n’est pas sûr qu’on puisse un jour répondre.
Les soutiens inconditionnels de la rébellion syrienne ne peuvent que défendre la thèse d’une provocation du régime : on a voulu faire croire à un tir rebelle pour discréditer l’opposition. En mode mineur, une sorte d’incendie du Reichstag.
Ceux qui pensent au contraire que la Syrie fait l’objet d’une agression délibérée, que l’émeute est orchestrée, pilotée et aidée de l’extérieur trouveront matière à conforter leur opinion : qu’est-ce que cette prétendue révolte civile qui tire au mortier ?
Autre interrogation : il va de soi pour tout le monde que Gilles Jacquier est mort en obéissant à son « devoir d’informer » .
Pour autant, on peut peut-être se demander si les reportages de guerre, clandestins souvent quand ils se font côté rebelles, ou officiels, comme celui qui a causé la mort de notre confrère, nous informent vraiment.
Autrement dit : est-ce quand on a le nez sur l’ événement (et le plus souvent sur un seul de ses aspects) qu’on est le mieux à même de le comprendre et de l’expliquer ; est-ce sur le terrain que se trouvent les clés de l’info, ou plutôt dans les huis clos des ministères, des chancelleries et des services ?
Bernard Guetta (que je ne trouve pas toujours aussi lucide …) disait ce matin sur France-Inter, en évoquant une série d’assassinats de techniciens nucléaires iraniens, que la guerre avec l’Iran était bel et bien commencée.
Il a raison.
Mais il oublie de dire qu’elle passe par la Syrie, après avoir au passage frappé la Libye : c’est Georges W. Bush (ou plutôt son administration ; lui, le pauvre …) qui s’était fixé comme objectif, en 2004, le « remodelage du grand Moyen-Orient. »
Nous y sommes. Ou plutôt : ça continue.
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