Non je n’ai pas changé…

Christine Tréguier  • 1 mars 2012
Partager :

Le candidat Sarkozy 2012 ressemble à s’y méprendre au candidat Sarkozy 2007, celui qui invoquait sans cesse la valeur travail, pointait du doigt les profiteurs que sont les « assistés » et promettait aux Français qu’ils bosseraient plus. Il n’a rien perdu non plus de la susceptibilité du Président, lequel a systématiquement poursuivi pour outrage quiconque osait lui manquer de déférence ou s’attaquer verbalement à sa personne. Ça vaut pour les quidams qui lui ont renvoyé son « casse toi pauv’con », mais aussi pour les journalistes.On se souvient des ennuis judiciaires du quotidien suisse le Matin , qui le premier avait révélé la désertion de son épouse Cécilia. Puis du limogeage express d’Alain Genestar, le rédacteur en chef de Paris Match, qui avait osé montrer l’épouse infidèle filant le parfait amour avec son nouveau compagnon. On n’a pas oublié non plus le renvoi complaisant de Didier Porte et de Stéphane Guillon par la direction de France Inter. Ni les plaintes que la rédaction de France 3 avait déposées contre des salariés de la chaîne et deux journalistes de Rue 89 lorsqu’une séquence off avait fuité sur le Net. On y voyait un Sarkozy tutoyant les journalistes présents et s’énervant parce qu’un technicien ne l’avait pas salué.

Le candidat 2012 a, semble-t-il, l’amour-propre toujours aussi chatouilleux. À peine son compte Twitter était-il lancé que son responsable de campagne web réclamait au réseau social la fermeture pour « usurpation d’identité » des comptes utilisant son patronyme. En réponse, Twitter a fermé une dizaine de sites parodiques. L’un d’eux, clairement identifié comme tel, a depuis été rouvert. Et le responsable de jurer qu’il ne s’agit pas là de censure, mais d’une simple question de lisibilité.

Les médias, eux aussi, anticipent l’ire éventuelle du chef de l’État et pratiquent l’autonettoyage. Rires et Chansons, radio du groupe NRJ, a ainsi viré l’humoriste Gérald Dahan comme un malpropre. Motif : un sketch téléphonique où il piégeait Nicolas Dupont-Aignant en se faisant passer pour Éric Cantona. Et où l’un et l’autre traitaient au passage Sarkozy de « crapule » en qui on ne pouvait avoir confiance. Quoi qu’on puisse penser du procédé utilisé par Dahan, il n’y avait pas là, comme l’a affirmé la direction de la radio, de quoi « mettre en péril la République » .TF1 n’a pas traîné non plus pour sévir contre le malotru qui avait osé balancer sur le Net la séquence du « baiser de Carla ». Un vrai crime de lèse-majesté que ce bisou furtif échangé sur le plateau quelques minutes avant que le Président ne se déclare candidat. L’image a gravement buzzé toute la semaine, certains estimant même que la fuite était planifiée. Mais TF1 s’est empressée de diligenter une enquête interne. Le coupable a été identifié – un salarié de LCI – et immédiatement mis à pied et convoqué pour un entretien préalable au licenciement. Il n’y avait pourtant pas de quoi en faire un fromage. À moins que cette chasse à l’homme n’ait été planifiée pour que le Sarko nouveau puisse obtenir in extremis la grâce du coupable et montrer ainsi sa grande humanité.

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don