D’une manif de victoire à l’autre, de 1981 à 2012: les différences…

Claude-Marie Vadrot  • 7 mai 2012
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D’abord, en 1981, il pleuvait et les manifestants réunis sur la place de la Bastille avaient essuyé un gros orage qui dispersa une partie de la foule. Ils étaient moins nombreux : Internet n’existait pas pour prévenir et rassembler les Parisiens. Et, première déception non exprimée mais ressentie : François Mitterrand n’est pas venu. Il avait beaucoup de qualité, mais le peuple, ce n’était pas son truc. Si je me souviens bien, nous chantâmes l’Internationale. Parce que les présents avaient une conscience politique bien formée. Le public accouru pour assister à une fête organisée par Claude Villers, alors à France Inter, conspua longuement les journalistes réputés au service du gaullisme et du giscardisme : Jean-Pierre Elkabbach, notamment. Cette foule était très politisée et réagissait en fonction d’une analyse de la situation, du passé et des rapports de force entre les partis. La plupart des gens présents ne pensait déjà plus à Giscard et chacun se manifestait en fonction de son passé, de son histoire politique, des combats passés et aussi d’une inflation galopante. Ce mois de mai là s’inscrivait dans une Histoire, il constituait un aboutissement. Ce qui explique probablement que la foule était majoritairement constituée de quadragénaires et de quinquagénaires, voire plus.

Dimanche soir, il ne pleuvait pas et bien que la température n’était pas extraordinairement chaude, je n’ai jamais autant vu picoler au cours d’une manifestation. Dimanche soir, il y avait beaucoup plus de monde qu’en 1981 sur la place de la Bastille et dans les rues adjacentes. Bien sur il y avait des manifestants âgés, ceux qui courent encore après leurs rêves, mais ils ne représentaient pas la majorité. La foule était jeune, très jeune, très colorée, également partagée entre les jeunes gens et les jeunes filles. Une jeunesse issue de longues années de chômage, de précarité et de répressions sociales…

Une jeunesse formidablement sympathique qui explosait de joie, mais simplement d’une joie d’avoir viré Sarkozy. Ce qui est évidemment satisfaisant mais ne constitue pas un véritable programme politique, comme si le départ d’un homme signifiait la disparition de son système. Et nul lazzi ne vint conspuer les journalistes de la télévision. Comme si un cri, même sincère et puissant, pouvait servir de support politique. Comme si la politique avait, dans le fond, disparu sous l’émotion dimanche soir à la Bastille.

Dimanche soir, rappel que la politique ne concernait qu’une minorité de militants, il n’y a pas eu d’Internationale entonnée mais lé Marseillaise. Je n’ai rien contre, mais ce n’est pas vraiment la même chose…

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