Quand l’abus fait loi

Fermeture d’un restaurant parisien dans le Xe arrondissement. Une décision de justice dans l’air du temps.

Jean-Claude Renard  • 6 décembre 2012
Partager :
Quand l’abus fait loi
© Photo : Capture d'écran : [limbo-av.blogspot.fr](http://limbo-av.blogspot.fr/2008/12/sainte-marthe.html)

Le restaurant est fermé. Non pour cause de congé annuel. Non plus faute de marchandises ou de personnel. Mais sur injonction administrative. Le Tierra del fuego, au 6 rue Sainte-Marthe, dans le Xe arrondissement, créé il y a 13 ans, est fermé par arrêté préfectoral. Motif : tapage nocturne.

Pour tout dire, l’établissement est victime d’une ou deux personnes voisines, revendicatives à l’égard d’un restaurant qui, notamment, aime à fêter l’indépendance du Chili, chaque 18 septembre. Pas plus. Mais ça suffit à une poignée pour considérer cela comme du tapage. A vrai dire, exprime Isabelle Denise, avocate, directrice juridique de la Ligue des droits de l’homme, « les motivations sont très légères ! Il n’y a pas de certitudes sur le nombre de plaintes, ni sur leurs dates, qui seraient arrivées en masse au commissariat. Si bien qu’on a perdu le sens des proportions. Il peut y avoir une mésentente de voisinage, mais c’est là que la réponse administrative n’est pas en lien avec les éléments factuels. Rien ne nécessite une fermeture de neuf jours dans ce cas, où les motifs ne sont pas assez précis ni circonstanciés. D’autant que cet établissement fait partie de la vie de quartier. Cette situation répond à du tout répressif, “à une police administrative”, loin de ce qu’on appelle le “vivre ensemble” ».

Le patron du restaurant, Gonzalo Fuenzalina, ne parvient pas « à comprendre le sens de cette fermeture » . Qui ne répond à rien de condamnable. Le restaurateur poursuit depuis ce lundi 3 décembre une grève de la faim pour dénoncer cet abus administratif. Pour lui, ce n’est pas tant les 9 jours de fermeture qui sont importants, « mais la suite » . Sachant que toute autre plainte lui ferait risquer jusqu’à six mois de fermeture, tandis que ce militant anti Pinochet s’est battu pour la liberté, au-delà des frontières chiliennes.

L’été dernier, un autre restaurant dans cette même rue Sainte-Marthe, associatif celui-ci, la Rôtissoire, avait tiré son rideau, après avoir été expulsé, à la suite de plaintes diverses pour tapages. Du tapage qui finit par avoir raison du vivre ensemble.

Police / Justice
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Maintien de l’ordre à Paris : Nuñez dans les pas de Lallement
Forces de l'ordre • 6 février 2023

Maintien de l’ordre à Paris : Nuñez dans les pas de Lallement

Avec le changement de tête en juillet 2022 à la préfecture de police de Paris – Laurent Nuñez remplaçant Didier Lallement –, beaucoup espéraient un changement de doctrine de maintien de l’ordre à Paris. Mais cette dernière a-t-elle réellement évolué ? Réponse : non.
Par Maxime Sirvins
Manif du 31 janvier : dispositif policier en légère augmentation à Paris
Manifestation • 31 janvier 2023

Manif du 31 janvier : dispositif policier en légère augmentation à Paris

Pour la deuxième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, le dispositif policier de la manifestation parisienne se renforce légèrement comparé à celle du 19 janvier avec plus de 3 000 agents.
Par Maxime Sirvins
Manifestation du 19 janvier à Paris : la fiche interne qui dévoile le dispositif policier
Manifestation • 19 janvier 2023

Manifestation du 19 janvier à Paris : la fiche interne qui dévoile le dispositif policier

D’après les notes internes de la Préfecture de Police consultées par Politis, plus de 2 000 membres des forces de l’ordre vont encadrer la manifestation du 19 janvier contre la réforme des retraites.
Par Maxime Sirvins
« Il y a une criminalisation de l’action politique »
Entretien • 11 janvier 2023 libéré

« Il y a une criminalisation de l’action politique »

L’avocat pénaliste Raphaël Kempf navigue de la défense d’activistes à celle de personnes accusées de terrorisme. Ardent défenseur des libertés publiques, il n’a de cesse de dénoncer la résurgence des lois « scélérates » dans notre droit moderne, mêlant justice et politique.
Par Nadia Sweeny