Sciascia, de la « sicilitude » à l’universel

Une biographie de l’écrivain sicilien, grand moraliste et infatigable lutteur dans un pays frappé par les compromissions.

Olivier Doubre  • 10 janvier 2013 abonné·es

Dans l’un de ses romans les plus célèbres, À chacun son dû (1966), qui raconte l’assassinat de deux notables d’une petite ville sicilienne par la mafia, œuvrant en complicité avec les pouvoirs politiques locaux, Leonardo Sciascia fait dire à l’un de ses personnages : « L’Italie est un pays si heureux que, lorsqu’on commence à combattre les mafias vernaculaires, cela signifie que déjà il y en a une qui s’est installée dans la langue officielle. » Dans ce livre, le professeur de lettres Laurana essaie de résoudre l’énigme – tandis que l’enquête officielle piétine (volontairement). Un billet avec la formule latine « Unicuique suum » (« À chacun son dû »), devise du quotidien du Vatican, l’Osservatore romano, le mène à un homme d’Église. Un prêtre, politicien et mafieux, dont l’impunité est assurée au sein de la micro-société de cette petite ville qui rappelle Racalmuto, où est né l’écrivain et où il passa une bonne partie de sa vie. La boutade citée précédemment révèle une des obsessions de Sciascia : en Italie, pouvoirs et contre-pouvoirs sont toujours prêts, par des accords plus ou moins secrets, à d’éternels jeux d’alliances entre forces politiques

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