Bertella-Geffroy : l’emmerdeuse de la République
La juge Marie-Odile Bertella-Geffroy a révélé en vingt ans plusieurs scandales de santé publique. Elle subit aujourd’hui une mutation alors que son instruction aboutit dans l’affaire de l’amiante.
dans l’hebdo N° 1240 Acheter ce numéro
Encore un dossier de l’amiante qui finit sa course dans les poubelles de la justice. Jeudi 8 février, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a rendu un non-lieu dans le dossier Amisol, une usine de fabrication d’isolants de Clermont-Ferrand aujourd’hui fermée. Les salariés malades de la fibre tueuse vont se pourvoir en cassation. Leur avocat, Jean-Paul Teissonnière, qui décrit les conditions de travail chez Amisol comme « le scandale superlatif » de l’amiante, se dit choqué. Claude Chopin, l’ancien directeur mis en examen en 1999, plaidait le défaut de « délai raisonnable » de l’instruction, suivie à Clermont-Ferrand jusqu’en 2006, puis par Marie-Odile Bertella-Geffroy au pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris. « Depuis deux ans, la plupart de mes dossiers sont remis en cause par la même chambre de l’instruction », proteste la magistrate. Elle s’apprête à un autre camouflet : en vertu d’une règle limitant à dix ans la mission des magistrats spécialisés, elle sera déchargée de tous ses dossiers à compter du 3 mars.
La notification provient du ministère de la Justice. Christiane Taubira avait pourtant assuré que le gouvernement laisserait le Conseil supérieur de la magistrature trancher le cas. Dans la gigantesque affaire de l’amiante – une vingtaine de dossiers en instruction depuis seize ans, des dizaines de milliers de pages, quantité de documents accablants pour les industriels –, la juge n’a-t-elle pas osé, en novembre dernier, mettre en examen Martine Aubry au chapitre « Ferodo-Valeo [^2] » ? Pour Jean-Paul Teissonnière, il n’est pas besoin de digresser sur le cas de l’ex-première secrétaire du PS pour éclairer la