Amnesty : le monde est « de plus en plus dangereux » pour les migrants
Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International insiste sur les atteintes aux droits dont sont victimes les 214 millions de migrants à travers le monde. État des lieux.

Face aux conflits armés et à la pauvreté qui continuent de jeter des millions de réfugiés sur les routes, les pays du Nord se « bunkerisent » toujours davantage. Dans son rapport annuel 2012, rendu public ce jeudi, Amnesty International s’inquiète de cette double menace qui compromet de plus en plus gravement l’accès aux droits pour les réfugiés. « Les 214 millions de migrants de par le monde ne sont pas protégés, ni par leur pays d’origine ni par leur pays d’accueil » , s’attriste l’ONG.
Le droit d’asile ignoré
Expulsions arbitraires de réfugiés haïtiens en République dominicaine, détentions qui s’éternisent à Malte et à Chypre, y compris pour des demandeurs d’asile syriens, de nombreux États « bafouent » les droits fondamentaux des réfugiés. Au premier rang desquels, le droit d’asile.
L’Italie a été notamment brocardée par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir refoulé en haute mer des réfugiés africains. Une enfreinte aux obligations internationales sur le droit d’asile, que l’Australie pratique également.
L’Occident se bunkérise
L’organisation planétaire dénonce aussi une tendance toujours plus grande à renforcer la protection des frontières, sans considération de l’impact sur les droits humains.
Aux frontières de l’Europe, la Grèce a érigé, en décembre, une clôture de 10,5 kilomètres dans la région du fleuve Évros, frontalier avec la Turquie. L’Italie, elle, concluait en 2012 un nouvel accord de coopération pour le contrôle de l’immigration avec la Libye, en négation du « risque de graves atteintes aux droits fondamentaux que couraient les migrants dans ce pays » , regrette Amnesty. En Israël, les autorités sont accusées d’avoir ouvert le feu sur des migrants qui tentaient de rejoindre leur sol depuis l’Égypte, à la frontière du Sinaï. Huit personnes au moins ont trouvé la mort, indique Amnesty.
Car les barbelés et les murailles ne dissuadent pas les tentatives des migrants. Environ 200 personnes perdent la vie chaque année en tentant de traverser le désert pour gagner les États-Unis, par des itinéraires « particulièrement dangereux » .
« Ces exemples témoignent d’un renoncement odieux à la responsabilité de promouvoir les droits humains, y compris le droit à la vie » , s’insurge Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.
Les capitaux, eux, n’ont en revanche aucun mal à transiter (les transferts de fonds des travailleurs immigrés vers leurs pays d’origine sont trois fois supérieurs à l’aide internationale au développement, selon la Banque mondiale), tout comme « les fusils » , raille Amnesty. L’organisation salue toutefois « l’espoir » que soulève l’adoption à l’ONU d’un traité sur le commerce des armes, en avril 2013.
Condamnés à la misère
Dans leur pays « d’accueil », les migrants sont la cible de discours xénophobes qui « accentuent le risque de violences à leur encontre » . Comme en Afrique du Sud, au Maroc ou en Grèce, où des violences ont été constatées en 2012. Au Mexique, des disparitions de migrants en transit, enlevés, tués ou enrôlés de force dans des bandes criminelles, restent un fléau que les autorités peinent à combattre.
Dans de nombreux pays, la défiance à l’égard des migrants est même institutionnalisée. Dans les États d’Arizona, d’Alabama et de Géorgie, aux États-Unis, les forces de l’ordre ont obligation de contrôler toute personne qu’ils soupçonnent d’être en situation irrégulière. Dans une moindre mesure, une « stigmatisation des communautés migrantes » est dénoncée en Suisse par le Conseil de l’Europe, notamment après la loi interdisant les minarets et une série de mesures restreignant l’accès au droit d’asile. L’Italie est aussi pointée du doigt pour l’insuffisance de ses politiques d’intégration, qui nient « les droits des migrants à l’emploi » [et] « à la justice » .
Criminalisés et dénués de droits, les migrants sont « condamnés à vivre dans la misère et la clandestinité » , dénonce Salil Shetty. Ils servent en effet de main-d’œuvre bon marché dans de nombreux pays.
Amnesty s’inquiète, en Asie, des méfaits des « agences de recrutement », notamment népalaises, qui se livrent à un trafic de migrants vers les pays voisins et vers les pays du Golfe – les travailleurs migrants représentent un tiers de la population d’Arabie Saoudite et 90 % de la main-d’œuvre au Qatar. À Hong-Kong, les commissions demandées par les « agences d’embauche » chinoises aux employés représentent jusqu’à 6 mois de salaire.
Amnesty dénonce des mauvais traitements, des horaires excessifs et des conditions de vie médiocres imposées à cette main-d’œuvre immigrée « bon marché ». Des cas d’esclavage moderne ont été observés en Jordanie : des domestiques sont privés de salaire et « dépouillés de leur passeport » , rapporte l’ONG. Au Qatar, une loi de 2009 sur le « parrainage » oblige les travailleurs étrangers à obtenir l’autorisation de leur « garant » pour quitter le pays ou changer d’employeur. Ils sont livrés au travail forcé et dénués de moyens de se défendre en cas de mauvais traitement.
Amnesty International dénombre enfin 12 millions d’apatrides, « dans une situation plus précaire encore » . Cette population, composée à 80 % de femmes, demeure sans protection, dans les camps du Soudan du Sud, les centres de détention en Australie ou au Kenya…
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