Valeurs, vous avez dit valeurs ?
L’évocation d’un fait divers peut paraître insolite au sein de cette rubrique, et pourtant ! Les réactions prévisibles d’une droite versant dans un certain délire sécuritaire sont une chose. La réaction d’un gouvernement se réclamant de la République et de la gauche en est une autre. Alors revenons sur le fait divers et voyons les réactions de notre point de vue de militant du changement social.
Un bijoutier dévalisé, et parait-il molesté, tire dans le dos de son voleur qui s’éloignait en scooter. L’émotion est énorme et un grand élan de solidarité se porte vers… le meurtrier. Car ce n’est sans doute pas à la légère que les juges de Nice ont mis en examen pour « homicide volontaire » le bijoutier. Ils connaissent la réalité de la ville, ils savent que l’insécurité est le fonds de commerce de ses élus qu’il s’agisse de Christian Estrosi ou d’Eric Ciotti. Chacun ici joue son rôle. Et le Front national s’emparera de la recette de ce piteux spectacle.
Mais voilà le Ministre de l’Intérieur qui vient exprimer sa solidarité avec la famille et les amis du meurtrier. Et le Président qui appelle à la sérénité et souhaite que personne ne se fasse justice lui-même et que chacun doit faire confiance aux institutions. Mais réalise-t-il que ce disant il laisse penser que le bijoutier a fait « justice » : la mort pour une poignée de bijoux. Le Monde, lui, évoque en édito la loi du Talion, mais la loi du Talion c’est oeil pour oeil, pas la vie pour quelques pierres.
Un jeune homme, certes délinquant récidiviste est mort et il est mort d’une balle dans le dos. Le combat contre la peine de mort a été longtemps notre combat commun et grâce soit ici rendu à François Mitterrand d’avoir, en 1981, bravé les sondages. Aujourd’hui, témoigner sa compréhension pour celui qui a tué un petit voleur est ouvrir la voie à une auto-défense effrénée négation même de la République, de l’Etat de droit, et en fait de la sécurité publique.
Mais ce la ne nous dit pas pourquoi ce fait divers est ici dans cette rubrique. Simplement parce que ces mêmes hauts personnages qui se montrent si indulgents pour un petit commerçant, somme toute sans séquelles (il doit être assuré, et il n’a même pas été incarcéré) mais délibérément meurtrier, ont récemment fait preuve d’une sévérité sans faille pour des ouvrières et des ouvriers à qui des patrons voyous avaient volé leur travail et détruit leur vie et ce en refusant l’amnistie sociale demandée par le FdG.
Parce que la délinquance patronale et financière demeure insuffisamment frappée. Parce que les fraudes environnementales et sanitaires sont largement tolérées et souvent au prétexte de l’emploi ! Parce que l’insécurité sociale se développe.
Les gages donnés à la droitisation de la société, la recherche de quelques points dans les sondages à la veille d’une échéance électorale, comme par exemple en repoussant un loi pénale indispensable pour lutter contre la récidive, les coups de mentons et de matraques face aux populations stigmatisées que sont les roms et souvent les sans-logis que défendait sans relâche le grand Albert Jacquard, tout cela sape la république sociale à laquelle nous aspirons.
Pourquoi s’étonner alors que la droite extrême, de Copé à Ayoub occupe l’essentiel de la scène politique ?
La gauche réformiste était, jusqu’à ces dernières années, porteuse, à défaut de progrès social, de valeurs républicaines, qu’elle veille à ne pas les perdre en cédant à une opinion sous le coup d’émotions malsaines.
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