NSA : ménager la chèvre et le chou

Christine Tréguier  • 30 octobre 2013
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En dévoilant les pratiques douteuses de la National Security Agency (NSA), Edward Snowden a décidément mis les pieds dans le plat, et on ne peut que s’en féliciter. Pas une semaine sans que la presse étudie un des documents qu’il a fait fuiter et révèle l’étendue de la surveillance tous azimuts exercée par la toute-puissante agence de renseignements. Et plus on en apprend, plus les réactions des politiques semblent timorées.

Petit résumé des épisodes de la semaine écoulée :

Le lundi 21 octobre, quelques jours avant la réunion du Conseil de l’Europe, sort un article cosigné par un journaliste du Monde et par Glenn Greenwald, le journaliste du Guardian à l’origine des premiers articles sur Snowden. On y apprend que sur une période d’un mois (décembre 2012-janvier 2013) l’agence a effectué 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français. Rodomontades du ministre des Affaires étrangères, qui convoque l’ambassadeur, et échange de coups de fils courtois entre Hollande et Obama. Le lendemain, la NSA affirme que les informations sont en partie erronées et la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, rassurante, précise au Monde que Paris a «   demandé que l’ensemble des informations dont pouvait disposer l’ancien consultant Snowden nous soient transmises  » , et que Paris et Washington étaient en plein accord pour «   continuer à opérer de telles interceptions mais sans qu’on aboutisse à ces dérives qui ont vu le jour, notamment sur les atteintes à la vie privée  » .

Mais, le 23 octobre, c’est le Spiegel qui prend le relais, révélant que le téléphone portable d’Angela Merkel aurait été écouté par la NSA, et ce depuis plusieurs années. Cette fois-ci, c’est Angela qui appelle Obama pour lui dire que de telles pratiques sont inacceptables. La Chancellerie allemande publie un communiqué dévoilant la teneur de l’entretien : «  Entre des amis proches et des pays partenaires comme le sont la République fédérale d’ Allemagne et les États-Unis depuis des décennies, une telle surveillance d’un chef de gouvernement ne peut exister. Ce serait un coup sérieux porté à la confiance […]. De telles pratiques devraient cesser immédiatement. » Du côté de la Maison Blanche, on dément. « Le Président a assuré à la chancelière que les États-Unis ne surveillent pas, et ne surveilleront pas, ses communications », a expliqué le porte-parole de la présidence américaine.

À peine le Conseil de l’Europe commencé, un autre article publié par le Guardian jette de l’huile sur le feu. L’un des nombreux documents de Snowden révèle que la NSA demandait à ses contacts dans les différents ministères de lui transmettre les numéros de téléphone des leaders politiques étrangers. Toujours d’après ce mémo, un « collaborateur » aurait ainsi fourni 200 numéros, dont ceux de 35 chefs d’État. Mais ceux qui espéraient voir l’Europe taper du poing sur la table et exiger l’arrêt immédiat de telles pratiques d’espionnage ont été déçus. François Hollande et Angela Merkel semblent s’être rabattus sur des accords de non-espionnage bilatéraux entre Washington, Paris et Berlin. Une sorte de « code de bonne conduite » qui risque fort de ne pas être suivi d’effet, la NSA n’ayant, on l’a bien vu, de compte à rendre à personne.

Les 28 chefs d’État quant à eux se sont contentés d’approuver une déclaration ajoutée aux conclusions du sommet. Elle prend bonne note des intentions franco-allemandes, rappelle «  les relations étroites entre l’Europe et les USA, et la valeur de ce partenariat   » , le fait qu’il doit être fondé sur «   le respect et la confiance, y compris en ce qui concerne le travail des services secrets   » , et souligne combien «   le renseignement est un élément vital dans la lutte contre le terrorisme   » . Pour conclure, en termes on ne peut plus diplomatiques, qu’ «   un manque de confiance pourrait porter préjudice à la nécessaire coopération dans le domaine du renseignement   » . La NSA peut bien dormir sur ses deux grandes oreilles, et les négociations de libre-échange entre Europe et États-Unis se poursuivre…

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