Un fable (terrible) d’Economie sociale. A lire !
C’est une inquiétante histoire que nous raconte avec légèreté Emmanuelle Heidsieck, dans son nouveau roman (?) « A l’aide ou le Rapport W » [éd.Laureli, coll Incultes].
_ Si cette « chronique » trouve toute sa place dans ce blog c’est que les questions traitées, celles de la solidarité, du don, de l’engagement personnel, sont autant de fondements de l’Economie sociale et se retrouvent au cœur de ce Rapport W.
Un Ministre de l’intérieur, de nos jours, emporté par la marchandisation du temps demande à deux de ses collaborateurs de mettre en place une législation incriminant et punissant l’Aide, le Don et le Service regardés comme suspects moralement et dangereux économiquement.
_ Cela paraît de prime abord extravagant, mais c’est le talent de l’auteure de s’inscrire dans le glissement progressif des logiques libérales et de rendre inquiétante la fable.
Cet « A », un des collaborateur du ministre dans son désir de plaire pour réussir, ce « B », rompu et dominé incapable de se rebiffer, nous les rencontrons quotidiennement dans notre monde, à de nombreux niveaux de responsabilité.
_ Ce regard sur la solidarité et le don, n’est pas si incroyable. Il y a quelques années, à l’occasion d’un débat sur la dépendance, un processus voulant imposer un cadre légal, social et fiscal aux aidants y compris de la famille, n’allait-il pas dans le même sens ?
Lors des Journées de rentrée de la Fédération Nationale de la Mutualité Française, un sociologue a avancé l’idée que le critère de non-lucrativité était regardé avec suspicion par les Français.
_ Il n’expliquait pas en revanche pourquoi se manière écrasant, ces mêmes Français choisissaient le modèle mutualiste, de plus en plus mis en concurrence, ou s’engageaient toujours autant dans les associations !
Pour revenir au roman, c’est tout naturellement que nos deux rats de cabinet demandent « la mise au pas de l’économie sociale et solidaire ».
Là encore, sommes nous sûrs, malgré la loi proposée par le Ministre Benoît Hamon, que des politiques actuels ne partagent pas ce point de vue ?
Les obstacles mis, ces dernières années, à l’expression de la démocratie mutualiste (ou à tout le moins sa non-prise en compte) et qui se font jour jusque dans le discours le la Ministre Marisol Touraine devant les Journées évoquées ci-dessus pourraient, dans un mauvais jour !, nous paraître participer d’un tel processus.
Beaucoup de pertinence donc dans ce cour texte aussi alerte dans sa forme qu’il nous alerte dans son fond.
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