Giorgio Agamben : « La crise est un instrument de gouvernement »
Le philosophe italien Giorgio Agamben revient sur les événements majeurs de l’actualité politique et sociale de l’année écoulée dans le monde, développant notamment la notion de « pouvoir destituant ».
dans l’hebdo N° 1282-1284 Acheter ce numéro
De passage à Paris à l’occasion de la publication du Baudelaire de Walter Benjamin, le volumineux manuscrit inédit qu’il a retrouvé en 1981 à la Bibliothèque nationale [^2], Giorgio Agamben dresse l’état des forces de résistance au néolibéralisme, examine l’impact des révolutions arabes et les mobilisations sociales en Europe et dans le monde.
Après les Indignados et Occupy, il y a eu cette année d’importantes manifestations au Brésil et en Turquie. Quelle est, selon vous, la force des différents mouvements de résistance au système néolibéral ?
Giorgio Agamben : Il faudrait distinguer entre les pays. J’étais récemment en Grèce : contrairement à ce qu’on a pu dire, les mouvements que vous avez appelés de « résistance » y sont tout à fait vivants et forts. Il y a même des chances pour que Syriza puisse l’emporter aux prochaines élections – à condition que les Grecs parviennent à avoir des élections ! Ce qui serait singulier, voire étrange, mais extrêmement important. Toutefois, si important ce phénomène soit-il, je crois qu’il faudrait penser une nouvelle catégorie, que j’appellerais le « pouvoir destituant ». Au-delà de la notion de « résistance », repenser ce qui a toujours été le concept dominant de la politique, c’est-à-dire le processus révolutionnaire qui, vainqueur, devient bientôt le pouvoir constituant du nouvel ordre de la société. Selon moi, en effet, le pouvoir aujourd’hui en place peut être défini – alors que Foucault a parlé en
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