Des pauvres et de pauvres riches

Christine Tréguier  • 5 février 2014
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Dans le 93, les demandeurs d’aides sociales ayant maille à partir avec les centres sociaux du département entrent systématiquement dans le fichier nominatif Cosmos. Un fichier riche de 375 items, allant de la nationalité aux problèmes de santé physiques et psychiques. Données accessibles, comme il ne se doit pas, à tous les agents et sans grande protection.

C’est le Canard qui l’écrit dans son édition du 22 janvier, pour ma part je l’avais évoqué dès le 28 novembre 2012, puis le 13 février 2013, et encore le 3 juillet dernier en raison du Big Brother Awards remis au conseil général de Seine-Saint-Denis, lequel a la main sur ce fichier. Il était temps ! Ça fait trois ans que les assistantes sociales dénoncent l’illégalité de ce fichier de pauvres. Un fichier qui a pour fonction de s’assurer qu’ils ne deviennent pas trop riches et restent dans leur ghetto, en quelque sorte, et qui fout en l’air le travail des assistantes fondé sur la confiance.

Et puisqu’on parle de pauvres, parlons aussi des ennuis des pauvres (très) riches. Qu’apprend-on dans la Tribune du 25 janvier ? Que le PDG de la banque JPMorgan Chase, Jamie Dimon, après avoir perçu une rémunération annuelle de 23 millions de dollars en 2010 et en 2011, avait vu ses revenus chuter de quasiment 50 % en 2012 (11,5 millions seulement pour le remercier d’avoir fait perdre quelques milliards à sa banque). Heureusement, cette mesquinerie n’aura duré qu’un an. En 2013, la JPMorgan Chase a vu son bénéfice baisser de 16 %, mais maintient cependant un certain respect à l’égard de ses dirigeants et salue l’altruisme qui caractérisent ses établissements : elle a remonté le salaire de ce pauvre Jamie à 20 millions de dollars bien mérités.

Plaignons aussi le Japon, dont le déséquilibre commercial a continué à chuter cette année : de 65 % par rapport au chiffre de 2012, qui était inférieur à celui de 2011, qui était inférieur à celui de 2010… Mais, explique le Monde du 27 janvier, «  les importations ont augmenté en valeur de 15 % pour atteindre 580 milliards d’euros   » , au plus haut depuis 1979. La raison de ce montant « fujien », une dépréciation conséquente du yen pour lutter contre la déflation qui dure, dure, presque autant que les fuites d’eau radioactive dans le Pacifique. Et ce n’est pas un vain jeu de mots : ce sont les suites de Fukushima et l’arrêt des centrales qui font monter l’addition énergétique.

La facture des importations grimpe donc (+ 10 %) pour le gaz et le pétrole, mais aussi pour les semi-conducteurs, terres rares et autres composants informatiques des industriels, ainsi que pour les produits alimentaires, vêtements, ordinateurs, smartphones achetés au prix fort (+ 16,3 % sur les produits de luxe) pour des Japonais en voie d’appauvrissement, mais pas trop.

Le riche Japon connaît donc aussi une forte augmentation de ses pauvres, une donnée dont les médias parlent un peu moins, déplore la revue Transcontinentales . En 2005, elle publiait des chiffres assez éloquents : la troisième économie mondiale était alors en cinquième position (derrière le Mexique, les États-Unis, la Turquie et l’Irlande), avec un taux de « pauvreté relative » (indice de pauvreté des pays riches défini par le Programme des Nations unies pour le développement) de 15,3 %. En 2010, le Japon est passé deuxième (derrière les États-Unis) avec un taux de 16 %. Et la politique de relance du nouveau Premier ministre libéral, Shinzo Abe, n’y change rien.

Ce qu’il a appelé les « abenomics », en gros planche à billets et dérégulation du travail, n’endiguent ni la déflation ni l’inflation de la pauvreté. Entre travailleurs pauvres, journaliers précaires, sans-abri et exclus invisibles, les villes donnent une image assez exacte de l’état du pays. Comme chez nous, et, en cherchant bien, on doit bien y trouver aussi au moins un fichier Cosmos par agglomération urbaine…

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