N’oubliez pas qu’il existe d’autres possibilités ! (épisode 3)

Christine Tréguier  • 12 août 2014
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N’oubliez pas qu’il existe d’autres possibilités ! (épisode 3)

Illustration - N’oubliez pas qu’il existe d’autres possibilités ! (épisode 3)

Image de Pierre Clayette (1930-2005)http://www.johncoulthart.com/feuilleton/2008/09/24/the-art-of-pierre-clayette-1930-2005/

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{{Sur le Web}}

Femmes de sciences de l’Antiquité au XIXe siècle [http://eud.u-bourgogne.fr/390-femmes-de-sciences-de-l-antiquite-au-xixe-siecle-9782364410817.html->http://eud.u-bourgogne.fr/390-femmes-de-sciences-de-l-antiquite-au-xixe-siecle-9782364410817.html]

Le Manteau de Spinoza, Le Fil perdu et Théorie du drône [http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?mode=new->http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?mode=new]

La Face cachée du numérique [http://www.lechappee.org/la-face-cachee-du-numerique->http://www.lechappee.org/la-face-cachee-du-numerique]

La Reproduction artificielle de l’humain [{http://www.lemondealenvers.lautre.net/catalogue.html}->http://www.lemondealenvers.lautre.net/catalogue.html]ou sur le site de PMO[http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=507->http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=507]

Docs citoyens – Editions Montparnasse [http://www.editionsmontparnasse.fr/Collections/9114/Docs-citoyens/->http://www.editionsmontparnasse.fr/Collections/9114/Docs-citoyens/]

La Vente du Bocal Vide [http://www.blurb.fr/search/site_search?search=Emmerio+Walpoden->http://www.blurb.fr/search/site_search?search=Emmerio+Walpoden]

Jorge Louis Borges [http://www.editionsmontparnasse.fr/p1546/Jorge-Luis-Borges-Coffret-DVD->http://www.editionsmontparnasse.fr/p1546/Jorge-Luis-Borges-Coffret-DVD]

Suite et fin des chroniques pour ne pas bronzer idiot(e)s avec un cocktail de livres et de vidéos à déguster à la fraîche pendant les longues soirées d’été. La sélection est, de fait, éclectique : récits et propos d’artistes « illuminés », films et écrits sur des artistes, écrivains, philosophes et scientifiques « engagé(e)s » qui ont parfois cher payé leur différence, et documentaires ou essais sur des sujets de société à controverse, bien connus des lecteurs de Politis . Tous ont des points communs : ils véhiculent une pensée différente, critique, insoumise au « on va vous expliquer », bref libre et en quête de possibles. Certaines de ces réalisations relatent des œuvres ou une vie faisant – selon les termes de Foucault, «   l’histoire de la manière dont les choses font problème [^2] » .

Pour commencer, trois entrées au choix : Femmes de sciences de l’Antiquité au XIXe siècle aux Éditions universitaires de Dijon. Cet ensemble de textes de chercheurs, réunis par Adeline Gargam, permet de découvrir des femmes scientifiques, mathématiciennes et physiciennes cachées, comme tant d’autres, dans les replis de l’histoire. Leurs noms – Hypatie, Hildegarde de Bingen, Christine de Pizan, Angélique du Coudray, Maria Gaetana Agnesi ou Mary Somerville – semblent tout droit sortis de romans épiques; leurs vies sont riches de découvertes et de luttes pour les mener à bien, en particulier du XIIe siècle au XVe, où universitaires et clergé réaffirmèrent une « propriété » masculine sur les savoirs. Cette relative exclusion des « femmes savantes » a duré jusqu’au début du XXe, et elles n’ont eu droit à l’appelation « femmes de science » qu’à partir de… 1948.

Retours sur des parcours singuliers et dissidents également aux éditions La Fabrique avec Le  Manteau de Spinoza – Pour une éthique hors la loi  » d’Ivan Segré. Il revient sur les raisons profondes de l’affaire du « manteau troué de Spinoza ». Le philosophe hollandais fut excommunié en 1656 (à 24 ans), son Traité théologico-politique publié en 1670 censuré par la « bonne société » et le manifeste inclus dans cet ouvrage –  Hodie Judaei (Aujourd’hui les juifs), prônant la disparition du vocable « juif », parce que nocif et cause de malheur – lui valut le coup de poignard qui perça son vêtement. Un manteau troué qu’Ivan Segré propose de sortir de la penderie de l’histoire et d’arborer.À La Fabrique également, Le Fil perdu : Essais sur la fiction moderne , de Jacques Rancière. À travers quelques écrivains exemplaires – Flaubert, Conrad, Virginia Wolf, Keats, etc. –, il cerne ce qu’il considère, dès 1869, comme l’avènement d’une révolution littéraire – mais aussi politique et de société : «  le livre où il n’y a pas de livre  », celui qui diverge du récit de vie d’une catégorie priviligiée d’individus, qui peut être écrit par n’importe qui et parler de simples humains. De nouvelles formes de fiction « démocratiques ».

Troisième mise en bouche : la  Face cachée du numérique de Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot aux éditions l’Échappée. Ils tentent d’y tracer les contours d’un « monde virtuel » construit par et pour ce qu’on appelle les « innovations technologiques ». De fait, une société à risques et à responsabilités bien réelles, sur le devenir de laquelle nous devrions avoir mots à dire. Chapitres et paragraphes courts, langage simple mais précis, ce petit livre tranche et attaque l’os de cet univers phantasmé que veulent nous vendre industriels et politiques.

À suivre, en plat de résistance, trois ouvrages radicalement critiques. Le premier, Théorie du drône , de Grégoire Chamayou, est sorti depuis avril 2013 aux éditions La Fabrique, mais c’est l’un des rares ouvrages, sinon l’unique, à explorer comment ces machines à surveiller et à tuer transforment la guerre (de haute ou basse intensité) en actes distanciés, quasi virtuels. Lorsque ces «  véhicules aériens sans pilote  » ( unmanned aerial vehicle ) sont actionnés par des opérateurs humains, ceux-ci sont confortablement assis dans leur fauteuil de bureau, à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations ; leur travail : repérer et tuer des « cibles » libellées « terroristes potentiels ». La guerre est devenue meurtre à l’unité et jeu vidéo : une réalité virtuelle où les êtres humains et les civils ne sont plus qu’amas de pixels derrière la croix du viseur. Grégoire Chamayou a mené l’enquête dans les coulisses des bases militaires américaines pour décortiquer techniques, tactiques et prétendue éthique de ceux – militaires et politiques – qui fabriquent silencieusement la guerre d’aujourd’hui et de demain. En cette époque trouble où l’ombre d’une troisième guerre mondiale plane sur la planète, nous sommes tous « potentiellement » concernés.

Autre « empêcheur de saboter le monde en rond », Alexis Escudero signe la Reproduction artificielle de l’humain , une étude diffusée en quatre épisodes sur le site du collectif Pièces et Main d’œuvre, et publiée par les éditions Le Monde à l’envers. Partant de la revendication « la PMA [procréation médicalement assistée] pour tous et toutes » assez unanimement soutenue par la gauche, il explique les dangers de son assimilation à « un droit humain ». Gestation surmédicalisée, ou en éprouvette, et manipulations génétiques nous mènent, explique-t-il arguments à l’appui, à un « meilleur des mondes » tel que l’avait décrit Aldous Huxley dans son livre fameux. Ou, plus actuel encore, à un Bienvenue à Gattaca où les bébés « non-génétiquement-traités » sont destinés à croupir au bas de l’échelle sociale, parce que pas « aux normes ». ll passe en revue les risques d’une « S térilité pour tous  » organisée, du « B azar du beau Bébé  » , de «  la Reproduction du bétail humain  » et l’erreur des « C rimes de l’égalité  » . Sa conclusion en dix points est sans appel : s’il fallait n’en garder qu’un qui fasse réfléchir les partisans naïfs de la PMA, ce serait celui qui affirme qu’elle «  n’est pas le dernier cri de l’émancipation, mais l’avenir auquel nous sommes condamnés   » .

Pour faire un break et digérer un peu, vous pourrez voir ou revoir, si vous avez manqué leur diffusion télé, quelques DVD tout chaud sortis dans la collection « Docs citoyens » des éditions Montparnasse. Pour l’amour de l’eau vous entraîne dans le sillage d’Irena Salina, qui a enquêté aux quatre coins du monde et interrogé scientifiques, militants, industriels, activistes connus et simples citoyens afin de cerner le problème croissant de la disponibilité et de l’accès à l’eau sur la planète. La guerre, dit-elle, a commencé, bien qu’elle ne soit pas encore très visible ni lisible. Ajoutons qu’elle ne date pas d’hier : Louis XIV et ses successeurs ont légiféré pour ou contre les « marchands d’eau » qui entendaient déjà privatiser les sources. Et aujourd’hui, comme un retour de l’histoire, parmi les empereurs mondiaux du secteur, s’appellent Vivendi, Suez et Veolia ! Dans la même collection, la Saga des Conti , de Jérome Palteau, histoire de ces ouvriers tristement célèbres qui se sont retrouvés, bien malgré eux, à devoir endosser le rôle de « prolétaire jetable ». À regarder également, Noire Finance , ou le dévoilement pour les béats, si il en restait encore, du pourquoi et du comment des turpitudes bancaires et boursières en deux films signés Jean-Michel Meurice et Fabrizio Calvi.

Au rayon desserts et friandises, la Vente du Bocal Vide de Emmerio Walpoden, livre auto-édité de 440 pages, qui se déguste par tranche, au gré des envies. Ce «  recueil de feuilles de papier  », comme le sous-titre son auteur, dessine en pointillé, à travers l’évolution de textes dont l’écriture s’échelonne sur trente ans, quelques uns de ses parcours de vie. La mécanique des mots se rode et s’ajuste à mesure, les sujets passent de fiction à histoire, puis à impressions de vie, pensées du matin, réflexions sur « les choses » et le monde tel qu’il va. C’est, dit Walpoden «  un livre ouvert  » où, pour lire cet homme à coeur ouvert, le lecteur doit participer, suivre les pistes, associer, bref faire oeuvre lui aussi.

Pour clore ce menu varié, je vous propose deux productions vidéo des Editions Montparnasse. la Possibilité d’être humain, documentaire de Thierry Kruger et Pablo Girault pose la question de la place du travail et de l’argent dans un monde hyper-technologisé et marchandisé de toutes parts, et la pose à seize penseurs et artistes, tous sachants, mais on regrettera malgré tout l’absence de femmes dans ce panel… Et pour celles et ceux qui préférent clore sur une note poétique et surréelle, les 4 DVD d’entretiens avec le magnifique Jorge Louis Borges, réalisés entre 1964 et 1974 par Jean-José Marchand et Suzanne Bujot. L’écrivain argentin, a qui l’on doit, entre autre, le mythe désormais universel de la Bibliothèque de Babel, a 73 ans quand s’achèvent ces rencontres. Il cherche toujours et trouve… Je lui laisse les phrases de fin. A une dernière question autour de la poésie il répond : «  il ne faut pas s’en tenir au sens expressif des mots… peut-être les mots sont une invention aussi… j’ai observé que, quand le peuple parle, il ne pense pas aux mots, il pense à la phrase… ce sont peut-être les dictionnaires qui nous ont donné cette idée fausse que les mots ont un sens précis… » « Mais tout ceci , conclut-il en souriant modestement, n’est que théories assez…. hasardeuses. »

[^2]: Entretien avec Michel Foucault, les Cahiers du Grif , 1988, vol. 37 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/grif0770-60811988num3711751?PrescriptsSearch_tabs1=standard&#

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