« Qui vive », de Marianne Tardieu : Trouver sa place

Qui vive, subtil premier film de Marianne Tardieu.

Christophe Kantcheff  • 12 novembre 2014 abonné·es
« Qui vive », de Marianne Tardieu : Trouver sa place
© **Qui vive,** Marianne Tardieu, 1 h 23. Photo : Rezo Films

Retour au cinéma pour Adèle Exarchopoulos, après l’Adèle de Kéchiche. On la retrouve dans un rôle d’institutrice, qui confectionne de petits films d’animation. Elle est aussi l’amoureuse de Chérif, qui, à l’orée de la trentaine, candidat pour la quatrième fois à l’examen d’infirmier, est obligé d’habiter chez ses parents, dans une cité en banlieue, et de travailler comme vigile dans un centre commercial. Marianne Tardieu a eu l’excellente idée de confier le rôle à Reda Kateb, acteur déjà très remarqué chez Jacques Audiard ou Kathryn Bigelow, et qui enchaîne désormais les tournages. Reda Kateb tient le film de bout en bout, offrant à son personnage son visage doux qui peut vite se refermer, ses regards charmeurs ou désemparés. Son personnage tarde à trouver sa place d’adulte dans un monde qui ne l’attend pas. Chérif se donne du mal pour préparer son examen, mais il n’a pas forcément le bagage scolaire suffisant. Il accomplit le job de vigile au mieux, même s’il n’a pas la vocation répressive.

Le film est juste, notamment dans la description de la cité, dont les copains de Chérif paraissent n’avoir jamais bougé depuis l’enfance (quand on est né dans une cité, il est difficile d’en sortir). L’action guide la caméra qui semble en immersion dans le lieu. La manière dont la cinéaste envisage les clivages à l’intérieur des classes populaires, plus particulièrement entre précaires, s’avère aussi d’une grande pertinence. Son récit se développe à partir d’une confrontation entre Chérif et de jeunes garçons qui traînent près du centre commercial et ne cessent de le provoquer. De fil en aiguille, Chérif se retrouve pris dans des contradictions et un conflit gros de violences. La résolution finale témoigne, de la part de la cinéaste, d’un regard sur la situation et sur ses personnages tout en subtilité et en intelligence.

Cinéma
Temps de lecture : 2 minutes