[ARCHIVES] Prince au chevet de Baltimore

Après les émeutes raciales qui ont divisé les États-Unis, le chanteur a donné, le 10 mai, un concert intitulé « Rallye pour la paix ». Un acte engagé pour un artiste plus politisé qu’il n’y paraît.

Pauline Guedj  • 20 mai 2015
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[ARCHIVES] Prince au chevet de Baltimore

Prince a rarement été loué pour son engagement politique. En 2009, lors d’un entretien avec le journaliste Tavis Smiley, le musicien n’avait d’ailleurs pas hésité à se dissocier des artistes apportant leur soutien à Barack Obama. « Je suis témoin de Jéhovah, avait-il expliqué. Nous ne votons pas. » Se révélant peu intéressé par les affaires de la cité, respectant à la lettre le dogme du mouvement religieux dont il est devenu un faire-valoir.

Pourtant, à y regarder de plus près, l’artiste n’a cessé, tout au long de sa carrière, de prendre position, tantôt discrètement, parfois ouvertement. Dans certaines de ses chansons, il dénonce les conflits armés impliquant les États-Unis, comme « Partyup » ou « Ronnie, Talk to Russia ». Avec « Sign O’ The Times », en 1987, il pleure la violence des ghettos, la pauvreté et le sida. Plus récemment, il rapporte les conséquences de l’ouragan Katrina sur les populations démunies de La Nouvelle-Orléans. La question raciale fait également partie de ses préoccupations, aussi bien dans ses textes – « Race », « Family Name », « Dreamer » – que dans la composition de ses groupes, qu’il a toujours voulus interraciaux. Pour Prince, le monde va mal, l’apocalypse est proche, seules la spiritualité et la musique ont un pouvoir d’apaisement. Les musiciens qui l’accompagnent se doivent d’être porteurs d’espoir : des Noirs, des Blancs, des Latinos, des hommes et des femmes qui créent ensemble, refusent de se conformer aux assignations raciales et font danser la terre entière. Apaiser au lendemain des émeutes, c’était l’objectif du concert de Baltimore. Dès le début de la crise qui a enflammé la communauté noire après que plusieurs Afro-Américains ont été abattus lors de confrontations avec la police, comme à Ferguson, à Cleveland et à New York, Prince prend la parole. Remettant un prix lors de la cérémonie des Grammy Awards, il se déclare solidaire du mouvement Black Lives Matter, qui dénonce les crimes racistes. Le 2 mai, deux semaines après le décès de Freddie Gray, qui provoquera l’explosion à Baltimore, l’artiste organise chez lui, à Minneapolis, un concert, sorte de veillée funèbre en hommage à la victime. Une prestation intime, rock, percutante, laissant la part belle à l’improvisation, conclue ainsi : « Rendez-moi un service, soyez bienveillants l’un envers l’autre. Peu importe la couleur, nous sommes tous une famille. »

Quelques jours plus tard, sur Internet, le musicien publie un morceau inédit, tout simplement intitulé « Baltimore » [^2], un titre enjoué, incitant à faire cesser la violence et à rendre la paix possible. La sortie de la chanson est relayée par la presse et les paroles commentées sur les réseaux sociaux. Dernier épisode en date, Prince annonce le 5 mai la tenue d’un deuxième concert, dont les bénéfices seront versés à des associations caritatives. En quelques heures, 13 600 billets sont vendus. Le 10 mai, quelques milliers de fans peuvent assister à la prestation ou en écouter la première heure sur Tidal, une plateforme en ligne dirigée par le rappeur Jay-Z. Lors du spectacle de Baltimore, Prince joue les plus gros tubes de son répertoire : « Let’s Go Crazy », « Purple Rain », « 1999 », « Diamonds and Pearls ». L’artiste veut faire danser, livrant un show calibré de deux heures et demie, pour une foule qui s’en donne à cœur joie. Pourtant, au lendemain de la fête, une incertitude plane sur les recettes de la soirée. Depuis plusieurs jours, des associations ancrées dans la communauté noire manifestent leur inquiétude. Elles craignent d’être lésées au profit d’organisations parrainées par la mairie. Dans cette ville encore déchirée par les conflits, espérons que les bénéfices profiteront bien aux principaux intéressés afin de ne pas dénaturer l’initiative de l’artiste.

[^2]: Le titre « Baltimore » et quarante minutes du concert enregistré le 2 mai à Minneapolis sont disponibles gratuitement sur le SoundCloud de Prince and Third Eye Girl : soundcloud.com/prince3eg

Musique
Temps de lecture : 3 minutes
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