Mobilisation autour de deux enseignants en grève de la faim

Contre la surdité et le mépris de l’Éducation nationale, 300 personnes ont manifesté, samedi à Colombes (Hauts-de-Seine) pour l’annulation des procédures disciplinaires contre deux enseignants d’un collège.

Michel Soudais  • 4 octobre 2015
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Mobilisation autour de deux enseignants en grève de la faim

Environ trois cent personnes ont manifesté dans les rues de Colombes (Hauts-de-Seine), samedi 3 octobre, en soutien à Oscar Roman et Gari Pham, deux enseignants du collège Gay Lussac en grève de la faim depuis treize jours. Ils protestent contre leur convocation en conseil de discipline suite à leur participation à un mouvement de grève en novembre-décembre 2014 qui avait pour but de maintenir leur établissement dans le réseau d’éducation prioritaire. Et réclament l’arrêt des procédures disciplinaires à leur encontre. Des procédures dénoncées comme une attaque contre le droit de grève par plusieurs syndicats et partis de gauche.

Lire > Les sanctions se poursuivent contre les enseignants grévistes

Depuis bientôt deux semaines qu’ils ont cessé de s’alimenter et campent dans un « combi » stationné devant leur collège, faute d’avoir eu l’autorisation de s’installer en salle des profs, Oscar Romain (professeur de mathématiques) et Gari Pham (professeur d’EPS), soutenus par leurs collègues et les principaux syndicats d’enseignants (SNES, CGT educ, Sud éducation, SNALC) déplorent la surdité et le mépris de leur administration. Oscar Romain raconte avoir eu vendredi un contact téléphonique avec le médiateur du ministère, Claude Bisson-Vaivre, sans qu’il sache si ce dernier, qui leur a simplement demandé de cesser leur grève de la faim et de reprendre les cours, était officiellement mandaté pour trouver une solution au conflit.

Cela a été jusqu’ici leur seul contact , bien que la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, ait été avertie de la situation. Par Alexis Bachelay, député (PS) de la circonscription, qui lui réclamait dans un courrier du 25 septembre la nomination d’un médiateur et la suspension des procédures disciplinaires, ainsi que par Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice (PCF) des Hauts-de-Seine.

Mardi 29 septembre , c’est dans la rue qu’ils ont tenu avec leurs collègues, des parents d’élèves et des anciens élèves une réunion d’information et de soutien. Comme mentionné sur les tracts distribués en ville, cette réunion à laquelle cent-vingt personnes ont participé devait avoir lieu dans la salle polyvalente du collège, dont les syndicats d’enseignants avaient demandé et obtenu l’accès préalablement. Mais la veille, l’inspecteur d’académie, Philippe Wuillamier, a pris la décision de la fermer, prétextant des problèmes de sécurité. Le proviseur aurait également envoyé des textos aux parents pour les avertir que la réunion était annulée.

Jeudi 30 septembre , en solidarité avec « Oscar et Gari » une partie de l’équipe enseignante a de nouveau cessé les cours – ils avaient déjà débrayé le 18 septembre et avaient repris les cours le 23. Des élèves ayant également refusé d’aller en cours à l’issue de la récréation du matin, et « manifesté » dans le collège, celui-ci a été fermé par décision de l’inspecteur d’académie.

Le lendemain matin , selon plusieurs récits concordants, huit agents du Centre Académique d’Aide aux Écoles et aux Établissements (CAAEE), un service chargé d’assurer la mise en œuvre et la coordination des actions de prévention et de lutte contre les différentes formes de violence en milieu scolaire, emmené par l’inspecteur d’académie adjoint en charge du bassin de Neuilly-sur-Seine, Thierry Aumage, filtraient l’entrée des élèves avec fouille des cartables. Ils auraient pris quelques élèves pour l’exemple et décidé de les sanctionner.
Une mère d’élève, convoquée par M. Aumage parce que son fils avait tambouriné sur un casier en scandant les prénoms de MM. Roman et Pham, s’est vue reprochée de soutenir elle aussi les deux enseignants :
« Vous feriez mieux de vous occuper de l’éducation de enfants, m’a-t-il dit en me menaçant d’enregistrer mon nom. » Avant de lui asséner : « Cela ne sert à rien de parler avec certains parents, vous n’avez pas le même statut social que moi. » Une réplique perçue comme un insupportable mépris de classe.
À une enseignante en arts plastique qui tentait d’engager la discussion, le même a lancé :
« Attention, attention, ne me provoquez pas, vous pourriez faire l’objet d’une troisième commission [de discipline] . »

C’est dans ce contexte tendu que trois cent personnes ont défilé samedi dans les rues de Colombes. Au cris de « Dans tous les quartiers, dans toutes les régions, un même droit à l’éducation » , ou « A tous ceux qui veulent réprimer Oscar, on leur répond : résistance ! A tous ceux qui veulent réprimer Gari, on leur répond : résistance ! » , les manifestants, parmi lesquels figuraient des élus locaux du PCF, des militants du Parti de gauche, du NPA et du POI, ont fait le tour du secteur du collège avant de se disperser sur le Parvis des droits de l’Homme après plusieurs prises de parole des syndicats et partis politiques présents, ainsi que de parents d’élèves.
« N’aboyez pas sur les pneus qui portent la voiture, aboyez les chauffards qui sont au volant » , a lancé l’un deux, visant sans la nommer la FCPE qui, au premier jour du conflit s’était faite le porte-voix de parents excédés par la répétition des grèves à Gay Lussac.

Sans trop d’illusions sur une solution rapide au conflit – Gari Pham et Oscar Roman sont respectivement convoqués en conseil de discipline les 9 et 15 octobre –, les enseignants du collège Gay Lussac s’organisent. Ils ont ouvert une page Facebook, lancé une pétition de soutien à Gari Pham et Oscar Roman qui a déjà recueilli plus de 2.000 signatures, et ouvert une caisse de grève en ligne. Sans que cela puisse compenser les effets d »une grève de la faim qui, chaque jour qui passe, menace un peu plus l’intégrité physique de deux enseignants.

Oscar Roman et Gari Pham

Société Travail
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