COP 21 : une chaîne humaine pour braver l’interdiction de manifester

Les organisations de lutte pour le climat décident de contourner l’état d’urgence en formant une chaîne humaine géante dans Paris.

Patrick Piro  et  Erwan Manac'h  • 24 novembre 2015
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COP 21 : une chaîne humaine pour braver l’interdiction de manifester
© Photo : LOIC VENANCE / AFP

Les organisations de lutte contre le changement climatique refusent de se soumettre à la stricte interdiction de manifester,  en marge du sommet climatique de Paris.

Depuis l’interdiction de la marche mondiale pour le climat, la consternation était unanime au sein de la coalition climat 21, qui regroupe 130 organisations, mais le débat faisait rage sur l’attitude à adopter. Elle vient finalement de trancher pour une ligne d’opposition au gouvernement, en appelant à la formation d’une chaîne humaine géante dans Paris en lieu et place de la manifestation interdite, dimanche 29 novembre à midi.

« Une réponse au terrorisme »

La chaîne humaine « pour la démocratie, la paix et la justice climatique » devra s’étendre de la place de la République à celle de la Nation, sans obstruer la circulation sur la voie publique, avec un double message de solidarité, pour le climat et en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre. Le parcours de la chaîne doit en effet passer devant plusieurs des lieux du drame. « A tous ceux qui veulent nous empêcher de nous exprimer, nous répondons : unis et solidaires nous voulons vivre ensemble sur une terre juste et vivable » , lance la coalition Climat 21 dans un communiqué.

Le choix de ce mode de mobilisation permet d’éluder les arguments sécuritaires, car une chaîne humaine n’est pas plus exposée à des risques d’attentat que le flot habituel des passants. Elle évite également le risque de répression, maintes fois ravivé par les déclarations des autorités qui promettent des poursuites judiciaires à toute personne interpellée dans une manifestation interdite.


Chaîne humaine à Notre-Dame-des-Landes, le 11 mai 2013. - FRANK PERRY / AFP

En choisissant de braver l’interdiction, les organisations ouvrent une confrontation qui pourrait agréger les protestations contre l’état d’urgence et marque une rupture dans leur rapport au pouvoir.

Nombreuses étaient les voix qui dénonçaient déjà un choix opportuniste du gouvernement de Manuel Valls de faire interdire les manifestations de la société civile alors que ni les transports en commun, ni les manifestations sportives, ni le marché de Noël des Champs-Élysées ne sont frappés d’interdiction.

Un consensus a été trouvé au sein de la coalition pour inscrire cette action au panel des activités du 29 novembre. Les réticences de certaines organisations, qui hésitaient jusqu’alors à se confronter à l’État, sont ainsi dépassées. Certaines organisations membre de la coalition ne devraient toutefois pas appeler à participer à cette chaîne humaine en leur nom propre.

Une profusion d’alternatives

Des arrêtés d’interdiction ont été pris partout en France mardi et mercredi.

Lire > COP 21 : manifestations interdites dans toute la France

Les organisateurs appelaient déjà à renforcer tous les cortèges autorisés en compensation de l’interdiction de la marche parisienne. Depuis l’interdiction de la marche parisienne, mercredi 18 novembre, plusieurs initiatives ont été lancées en remplacement. La chaîne humaine n’a pas vocation à remplacer les initiatives précédentes.

  • « Recouvrons la place de la République de chaussures » : le site de pétitions Avaaz récupère depuis jeudi toutes les vieilles paires de chaussures, signées et décorées, pour les étaler le 29 novembre sur la place de la République, pour « symboliser chacun de nos pas ».

  • Manifestation virtuelle : les écologistes français et européens ont lancé un site, standup4climate.org, pour recenser toutes les personnes qui se déclarent virtuellement manifestantes durant la COP 21. Chaque participation est affichée sur une carte dédiée.

Illustration - COP 21 : une chaîne humaine pour braver l'interdiction de manifester - Capture d'écran.

  • Manifestation par procuration : la coalition climat 21 doit lancer ce mercredi une plateforme en ligne, marche4me.org, permettant «à ceux qui ne peuvent pas marcher ce jour-là, de Beyrouth  à Bamako en passant par Paris, de se faire représenter par tous ceux qui marcheront », en envoyant une photo et leur prénom sur le site.

  • Manifestation artistique : de nombreuses réalisations artistiques, dont certaines étaient destinées à la marche mondiale du 29 novembre, devaient être disposées entre la place de la République et Nation, en remplacement du cortège. Selon nos informations, ces installations tombent sous le coup des interdictions décrétées par la préfecture.


  • Mise à jour, 20 h 30 : Le paragraphe concernant le consensus au sein de la coalition climat 21 a été corrigé.
Police / Justice
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