Dossier : Résister

Tribunaux d’opinion : la parole est aux citoyens

Une forme méconnue d’action citoyenne est venue contester ce monopole étatique du droit : celle des tribunaux d’opinion, cours de justice symboliques constituées par des acteurs de la société civile.

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La justice n’est-elle qu’affaire d’État ? « La distinction entre justice sociétale (considérée comme privée et illégitime) et justice étatique (publique et légitime) constitue, encore aujourd’hui, une caractéristique de l’État de droit », écrit la chercheuse Sévane Garibian. Mais une forme méconnue d’action citoyenne est venue contester ce monopole étatique du droit : celle des tribunaux d’opinion, cours de justice symboliques constituées par des acteurs de la société civile. L’enjeu ? Lutter contre l’impunité. Car si l’État juge les crimes, qui juge l’État criminel ? Cinquante ans après les massacres perpétrés par son armée sur sa propre population, l’État indonésien n’a jamais officiellement reconnu les faits, et les responsables jouissent toujours de la plus grande liberté. « Quelle solution nous reste-t-il, si ce n’est créer notre propre espace de justice pour faire entendre la voix des victimes ? », interroge l’avocate indonésienne Nursyahbani Katjasungkana. À Rome, le Tribunal permanent des peuples dénonce procès après procès les conséquences des politiques économiques sur les droits humains. Cours de justice symboliques, espaces de résistances ou tribunes d’opinions, depuis les années 1960, ces tribunaux citoyens se sont multipliés, en Europe ou ailleurs. Des procès qui critiquent les limites de la justice et de ceux qui la rendent. Et interrogent : la société civile a-t-elle le pouvoir de juger ?


Photo : TURKEL/AFP

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