Yolande Moreau : « Les forts en gueule, ça ne m’intéresse pas ! »
Comédienne et réalisatrice, Yolande Moreau sort encore du cadre avec un documentaire consacré aux migrants de Calais et de Grande-Synthe. Retour sur une carrière peu commune.
dans l’hebdo N° 1397 Acheter ce numéro

Elle hésite sur la phrase, cherche ses mots, prise dans l’émotion, cernée par le doute, la crainte de mal dire, revient en arrière, avec son léger accent du Nord mâtiné de tonalités belges, se reprend encore, avance à pas feutrés quand on lui demande de justifier son premier documentaire, Nulle part, en France. Non des moindres et guère autocentré, mais pleinement tourné au cœur de la jungle de Calais et du camp de Grande-Synthe. Dix jours de tournage en janvier et trois semaines de montage. À la clé, un film où la poésie des images se confronte à l’âpreté du réel. Un bijou cinéma-tographique qui n’a rien d’un travail de débutant dans l’exercice, quasi inattendu de la part d’une personnalité versée depuis toujours dans la fiction et l’imagination, souvent portée par la comédie douce-amère.
« Honnêtement, je l’ai fait parce que le sujet m’intéresse, confie Yolande Moreau. J’avais signé l’Appel de Calais, en octobre, avec huit cents autres personnalités. Je suis, comme beaucoup de gens, sensible à la question des réfugiés, d’autant plus sensible à cette cause quand on connaît les scores du Front national dans la région. J’y suis allée avec l’idée de rester humble face à ces gens, de donner un visage humain à ce drame, parce que l’humanité est là-bas partout. Si on peut faire quelque chose pour qu’on ait moins peur, faisons-le. C’est un petit truc, un petit geste, mais tout de