Panama papers : Le gratin des évadés fiscaux

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Offshore Leaks, Lux Leaks, Swiss Leaks, UBS Leaks… Ces dernières années, les scandales d’évasion fiscale se sont enchaînés. Dernière en date, l’affaire des « Panama papers » : 11,5 millions de fichiers d’une société panaméenne, révélant les avoirs cachés dans des paradis fiscaux de leaders politiques, de milliardaires, de personnalités et de criminels. Obtenues par le journal allemand Süddeutsche Zeitung grâce à un lanceur d’alerte, ces données ont été analysées pendant neuf mois par le Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ), regroupant une centaine de rédactions dans le monde (dont Le Monde et « Cash Investigation », sur France 2). Au cœur du scandale, la firme Mossack Fonseca, sise à Panama, plaque tournante du blanchiment d’argent. Entre 1977 et 2015, ce cabinet aurait créé plus de 214 000 sociétés offshore dans 21 territoires à faible fiscalité, pour des milliers de clients de quelque 200 pays. « Toutes les sociétés offshore des “Panama papers” ne sont pas illégales ou opaques, précise Le Monde, […] mais une grande majorité d’entre elles sont utilisées comme sociétés écrans, pour dissimuler des avoirs. »

Actionnaires fictifs, emboîtement de sociétés et domiciliation dans des paradis fiscaux, le système est connu. Mais sa complexité rend le chemin de l’argent ainsi dissimulé presque impossible à retracer. De quoi assurer un bon portefeuille de clients à Mossack Fonseca. Dans les fichiers analysés par l’ICIJ, on trouve des proches du dictateur syrien Bachar Al-Assad et de Vladimir Poutine, du Premier ministre islandais, du roi d’Arabie saoudite…

La France n’est pas en reste. Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, apparaîtrait dans les fichiers, tout comme Michel Platini, ex-patron du football européen, des fidèles de Marine Le Pen, mais aussi des banques comme la Société Générale. Une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » a été ouverte par le parquet national financier.

Le cabinet Mossack Fonseca a de son côté répliqué : « Utiliser des informations […] obtenues illégalement est un crime, et nous n’hésiterons pas à utiliser tous les recours pénaux et civils disponibles. » Or le Parlement européen s’apprête à examiner un projet de directive sur le « secret des affaires », un concept flou qui pourrait donner aux entreprises des moyens juridiques supplémentaires pour poursuivre les responsables de fuites de documents internes. Avec une telle directive, l’affaire des « Panama papers » aurait-elle existé ?


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