Debout l’école !

Deuxième manifeste à émerger de Nuit debout : après la commission Écologie, la commission Éducation publie un texte invitant à repenser l’école. Contre les inégalités et le tri social, pour le bien-être des élèves et des pédagogies d’émancipation défendues par des personnels formés.

Collectif  • 10 mai 2016
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Debout l’école !
© Photo: Jean-Riad Kechaou

Ce manifeste a été élaboré par la Commission Éducation de Nuit Debout Paris, qui réunit régulièrement des personnes intéressées par les questions d’école et d’éducation au sens large, place de la République. Il s’agit d’un point de départ. Son contenu a élaboré en groupe restreint puis débattu, amendé collectivement et enfin adopté par vote lors de la Commission du 65 mars.

Debout l’école !

Le système éducatif français est à l’image de la société qui l’a construit : violent et inégalitaire. Inégalitaire car il ne se contente pas de refléter les inégalités sociales existantes mais les perpétue et les aggrave. Violent car cette reproduction, le tri et le dressage qu’elle opère, sont oppressifs pour les élèves de la maternelle à l’université.

Les gouvernements successifs portent une responsabilité majeure dans ce processus : par leur refus d’accorder les moyens nécessaires à une éducation pour tous et toutes et d’entendre tous les acteurs et toutes les actrices de l’éducation ; par leur conservatisme sur les contenus enseignés et les pédagogies utilisées ; par leur peur et stigmatisation, enfin, des élèves des quartiers populaires et des zones délaissées.

Nous ne pouvons accepter cet état de fait. Contre une éducation de structure répressive, du tri social et de l’obéissance irréfléchie, battons-nous pour une éducation émancipatrice, qui développe l’esprit critique des élèves, qui favorise leur autonomie et leur épanouissement personnel.

Une telle démarche signifie pour nous :

  1. Combattre les politiques inégalitaires en matière d’éducation qui sacrifient des quartiers et des populations entières. Une véritable politique d’éducation prioritaire doit prendre en compte les besoins de tous les établissements, doit permettre la baisse significative des effectifs par classe et donner les moyens humains suffisants pour répondre aux enjeux sociaux. Il faut mettre fin aux politiques d’austérité et attribuer les moyens nécessaires à un système éducatif de qualité.

  2. Lutter contre la soumission des politiques d’éducation à des objectifs utilitaristes, économiques et de court terme. Combattre l’École du tri social suppose de remettre en question le modèle des filières, notamment des trois voies du lycée et des classes préparatoires.

  3. Faire du bien-être des élèves une priorité, dans et hors les murs de l’École. Des parents ne peuvent assurer l’éducation d’un enfant sans un logement digne, sans des ressources suffisantes, sans un titre de séjour régulier. Tous les lieux où vit l’enfant sont des lieux d’éducation qui doivent garantir ses droits et répondre à ses besoins.

  4. Affirmer notre conviction que les élèves sont tous et toutes également capables de tout. Aux éducateurs et éducatrices, à l’École et à la société de leur en donner la possibilité. Les savoirs transmis doivent être diversifiés et leur hiérarchisation critiquée; et les pédagogies émancipatrices doivent être largement diffusées dans la formation des personnels d’éducation.

  5. Questionner le système hiérarchique et défendre la mise en place d’institutions démocratiques pour la gestion au quotidien des lieux de l’éducation. Tous les travailleurs, toutes les travailleuses, tous les usagers et toutes les usagères, dans l’Éducation Nationale et ailleurs, ont le droit de prendre part aux décisions qui affectent l’École.

  6. Assurer une véritable formation, initiale et continue, de toutes les personnes amenées à travailler à l’éducation des enfants. Les modalités des concours doivent être revues afin de permettre un recrutement véritablement démocratique. Nous demandons la titularisation de tous les travailleurs et toutes les travailleuses précaires et l’arrêt immédiat du recours aux contrats précaires dans l’Éducation.

  7. Améliorer la situation matérielle des travailleurs et travailleuses de l’éducation, car la qualité de l’éducation en dépend. Nous demandons une augmentation de tous les salaires selon les modalités les plus justes possibles et la fin des dispositifs de rémunération « au mérite » qui sont illusoires et divisent les personnels.

  8. Combattre les discriminations sociales, liées aux handicaps, de genre, racistes, LGBTQI-phobes, qui sont des freins importants à l’éducation et au développement de la personne. Les responsables politiques ne peuvent pas abandonner la lutte contre les discriminations sous la pression de groupes politiques intolérants et violents. Ils et elles doivent mettre en place des politiques d’information, de prévention et de protection des personnes discriminées. Les programmes scolaires doivent refléter les évolutions de notre société en évoquant les identités multiples des élèves.

  9. Défendre la laïcité à l’École, la séparation des cultes et de l’État et la liberté de conscience des élèves et de leur famille. Il faut supprimer le financement public de l’École privée. Nous dénonçons les usages stigmatisants du principe de laïcité à des fins d’ordre social ou de dissimulation des causes réelles de l’échec scolaire.

Nous invitons les personnes soucieuses de l’avenir de l’École à lutter pour le retrait de la loi travail. Nous les invitons à discuter de cet appel sur les lieux d’éducation et ailleurs. Nous les invitons à participer à la Commission Éducation de Nuit Debout. Nous les invitons à se joindre aux collectifs et aux luttes en cours dans l’éducation. Nous les invitons à lancer leurs propres luttes et à faire converger les luttes existantes pour cette éducation émancipatrice dont notre société a profondément besoin.

La Commission Éducation de Nuit Debout Paris, le 65 mars (4 mai)

Le site de la Commission Éducation

La Commission Éducation sur facebook et twitter

Publié dans
Tribunes

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