Nous n’irons plus au Siné

Le dessinateur et caricaturiste laisse une œuvre considérable.

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Pour l’anticlérical qu’il était, ce jeudi de l’Ascension était le bon jour. Le dessinateur et caricaturiste Siné est mort le 5 mai à 87 ans, à Paris. Siné avait tout prévu. Dans Mourir ? Plutôt crever !, remarquable documentaire de Stéphane Mercurio, sa belle-fille, on le voit hilare, avec Benoît Delépine, s’enquérir de sa tombe, choisir un bronze symbolique ornant le caveau : une forme de cactus virant résolument au doigt d’honneur. L’épitaphe est déjà inscrite, identique au titre du film. Morale ad vitam aeternam. Siné avait même pensé au beaujolais pour la cérémonie et à son cheptel de titres jazz. De son vrai nom Maurice Sinet, il laisse une œuvre considérable, l’impression d’un réfractaire à tout, surtout à l’ordre établi, en antimilitaire tôt assumé, anticolonialiste aussi. À la guerre d’Algérie d’abord, qu’il dénonce dans L’Express avant de créer Siné Massacre avec l’éditeur Jean-Jacques Pauvert. Marque de fabrique : un humour noir, cinglant, politisé.

Siné restera aussi comme une figure essentielle de Charlie Hebdo de 1981 jusqu’à son éviction en 2008, par Philippe Val, l’accusant sordidement d’antisémite. La justice donnera raison au dessinateur. Ne lâchant rien, Siné rebondit en créant Siné Hebdo, devenant Siné Mensuel. Le titre entend bien continuer, et c’est tant mieux.


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