Ali : détesté puis adulé
Rarement autant que l’ancien champion, un homme aura incarné une époque. La nôtre et celle d’une Amérique déchirée.

Le 25 février 1964, à Miami, dans un Convention Hall à demi plein, tant le résultat semble acquis d’avance, un jeune fanfaron du nom de Marcellus Cassius Clay défie le « monstre » Sonny Liston. Il pèse dix kilos de moins que son adversaire, et son passage chez les lourds, après un titre olympique dans la catégorie inférieure, n’a pas jusqu’ici été très convaincant. Quelques mois plus tôt, un médiocre boxeur britannique, Henry Cooper, l’a même expédié au tapis, et il n’a dû son salut que grâce à un subterfuge de son manager. Pourtant le gamin est d’une assurance à toute épreuve. Sur le ring de Miami, on présente, comme c’est l’usage, toutes les vieilles gloires de la boxe. Clay n’a que dédain pour eux. Sauf un. Lorsque Sugar Ray Robinson s’approche, Clay s’incline révérencieusement par deux fois. Scène irréelle à quelques secondes d’un combat