L’opposition à la loi Travail mobilise énoooormément

Loin d’être le « baroud d’honneur » annoncé, l’ampleur de la manifestation nationale et les actions en régions prouvent que les opposants au projet de loi El Khomri ne désarment pas.

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Si le gouvernement pariait sur un essoufflement, c’est raté. Avec une manifestation nationale à Paris particulièrement dense et de nombreuses actions en régions, la journée de mobilisation du 14 juin, a montré, une nouvelle fois, que le mouvement de contestation de la loi Travail ne faiblissait pas. Au contraire. La police le reconnaît d’ailleurs, à sa manière, en évaluant entre 75.000 et 80.000 le nombre de manifestants à Paris ; jusqu'ici la plus importante manifestation contre la loi El Khomri, le 31 mars, avait rassemblé selon elle entre 26.000 et 28.000 personnes.

Il n’est toutefois pas sérieux, sauf à vouloir conforter le gouvernement dans sa volonté de ne pas bouger, de prétendre qu’il y avait moins de monde sur le pavé parisien ce 14 juin que lors d'un match au stade de France. À 19h, les taxis, qui fermaient la manifestation partie à 13h30 de la place d’Italie en direction des Invalides, étaient encore à Montparnasse. Sur l'ensemble du pays, 1,3 million de personnes ont battu le pavé, selon les syndicats, « au moins 125.000 », selon les autorités.

Les commentateurs auraient tort de ne retenir de cette journée que les affrontements entre « black blocs » et policiers. Certes, ils ont été plus rudes que depuis le début de la contestation, il y a près de quatre mois déjà. Mais résumer la manifestation parisienne aux vitrines brisées boulevard du Montparnasse, au mobilier urbain saccagé ou aux baies vitrées étoilées de l’Hôpital Necker, permettra surtout de ne pas montrer l’ampleur de la mobilisation. Or celle-ci est pourtant la principale information du jour.

Les manifestants qui ont défilé ce 14 juin dans les rues de Paris, venaient de toute la France. Il n’y avait qu’à regarder les banderoles et les drapeaux syndicaux pour s’en faire une idée. Ils étaient de Savoie, d’Alsace, du Nord, de la Seine-Maritime, de la Gironde, de Dordogne, de l’Allier, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées-Orientales, des Bouches-du-Rhône, du Var, des Alpes-de-Haute-Provence… À les lire, on devinait tout ce que cela représente de temps passé dans les bus et les trains, sans parler du coût de ces déplacements. Il faut de solides raisons pour monter ainsi à Paris. Obtenir le retrait du projet de loi El Khomri en est une bonne.

LIRE > Loi Travail : Pourquoi exiger le retrait

Ce que Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, n’a pas manqué de rappeler au départ de la manifestation :

Notre détermination reste intacte. Il faut que le gouvernement arrête son obstination et écoute les revendications et ceux qui contestent le projet de loi. Le gouvernement a une grande responsabilité dans ce qui se passe depuis trois mois et demi.

Pour sa part Jean-Claude Mailly, leader de FO, s'est interrogé sur « l'écoute » présumée de la ministre du Travail : « Est-ce que c'est une amorce de dialogue ou de la comm' ? Je n'ai pas la réponse. »

À en juger par les premières réactions du gouvernement à cette nouvelle journée d’action, ce pourrait bien n’être que de la com’. Non seulement il n’entend rien céder, mais il table désormais sur la surenchère patronale et libérale de la droite sénatoriale pour faire taire la contestation avec cet argument symptomatique du « hollandisme » : notre texte est moins pire que celui dont rêve la droite.


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