Le Charles de Gaulle Express, un projet « coûteux » et « inutile »

Le Collectif Stop CDG Express se mobilise contre le projet de ligne reliant Paris à l’aéroport de Roissy. Un projet coûteux et inutile qui risque, selon ce collectif, d’accentuer une fracture sociale.

Delmotte Natacha  • 7 juillet 2016
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Le Charles de Gaulle Express, un projet « coûteux » et « inutile »
© Photo illustration : FRED DUFOUR / AFP.nnPhoto insérée dans l'article transmise par les membres du collectif Stop CDG Express, prise à la gare de Mitry Claye le 7 juillet 2016.

Sur le quai du RER B, à la gare de Mitry-Claye ce matin du jeudi 7 juillet, les voyageurs ont trouvé une nouvelle occupation en attendant leur train en retard : remplir le formulaire d’aide au dépôt d’avis sur le projet Charles de Gaulle Express. Le collectif Stop CDG Express, présent en gare, les incite à donner leur avis sur le projet de ligne de transport en commun qui doit relier la Gare de l’Est à Roissy en vingt minutes en 2023.

Opposé au projet, le collectif veut recueillir le plus d’avis possibles sur une plateforme en ligne avant la fin de la consultation publique le 12 juillet. Et de manière générale, les usagers du RER B, qui sont pourtant directement concernés, sont assez peu informés de ce projet. _« Ils en ont vaguement entendu parler pour certains, mais quand on leur explique, la réaction est plutôt scandalisée », raconte Marine Calmet, membre du collectif.

© Politis

Un projet « coûteux » et « inutile »

Estimé à 1,6 milliards d’euros, le coût du projet est particulièrement élevé alors qu’il n’est pas forcément nécessaire. « Cette somme pourrait permettre de rénover le réseau de transport en commun déjà existant », suggère Marine Calmet. Le temps de trajet pour aller de la gare du Nord à Roissy en RER B est actuellement de 30 à 50 minutes. « Il ne s’agit de gagner que 10 minutes en terme de temps de trajet ». Cette nouvelle ligne ne permettra pas pour autant de désengorger le RER B : les prévisions annoncent un report de 6% des passagers. En plus, pour trouver la somme d’argent nécessaire aux travaux, l’aéroport prévoit une taxe sur les billets, qui s’appliquera à tous, même à ceux qui n’emprunteront pas le CDG Express.

D’autant plus que les usagers du RER B risquent d’en pâtir. La ligne sera longue de 32 km, dont 8 km de voies nouvelles. Le CDG Express va donc circuler sur des voies qui servent normalement à réguler les incidents du trafic. « Même le STIF [Syndicat des transports d’Ile-de-France, NDLR] émet des doutes, explique Marine Calmet. Le projet « sur-sature » un réseau déjà trop chargé ». Dans un communiqué de presse, le STIF demande en effet à l’État de prendre ses dispositions pour _« garantir la poursuite de l’amélioration de la qualité de service sur les lignes B » et sur plusieurs lignes de transiliens.

Par rapport à ces constructions de voies nouvelles, le collectif craint de prochaines et rapides expropriations. « Avec la procédure d’extrême urgence inscrite dans la loi Macron, cela peut aller très vite sur le mode : on exproprie et on discute après », prévient Marine Calmet. Adoptée en lecture définitive le 10 juillet 2015, la loi Macron prévoit en effet dans l’article L522-1 une procédure d’extrême urgence pour ce type de travaux :

Lorsque l’exécution des travaux de construction d’autoroutes, de routes express, de routes nationales ou de sections nouvelles de routes nationales, de voies de chemins de fer, de voies de tramways ou de transport en commun en site propre et d’oléoducs régulièrement déclarés d’utilité publique risque d’être retardée par des difficultés tenant à la prise de possession d’un ou de plusieurs terrains non bâtis, situés dans les emprises de l’ouvrage, un décret pris sur l’avis conforme du Conseil d’Etat peut, à titre exceptionnel, en autoriser la prise de possession.

Un transport à deux vitesses

Le plus scandaleux, pour les opposants au projet, reste le prix du trajet : celui-ci s’élèvera à 24 euros. « C’est une liaison essentiellement faite pour les personnes aisées, réservée aux touristes et aux hommes d’affaires » qui « n’auront plus à se mêler à la population », a estimé Didier Le Reste, conseiller de Paris PCF auprès de l’AFP. « Quand on est une famille de quatre personnes, cela revient donc à 100 euros le trajet pour l’aéroport, renchérit Marine Calmet. Prendre le taxi leur coûterait moins cher. Dire que le CDG Express est plus écolo ne tient pas dans ces conditions. » Le train sera spacieux et équipé du Wi-Fi, comme on peut le lire sur le site internet présentant le projet. Loin de l’état actuel du RER B. « _D’un côté, on a le train pour les élites et de l’autre, le wagon à bestiaux », résume Mme Calmet.

Autre élément dénoncé par le collectif : les nuisances sonores pour les riverains. À raison d’un train toutes les quinze minutes, entre 5 heures et minuit, ce seront au total 76 rames supplémentaires qui vont passer à proximité des habitations de Seine Saint-Denis, du 18ème arrondissement de Paris et d’une partie de la Seine-et-Marne. Le maire de Saint-Denis, Didier Paillard, s’est inquiété aussi auprès de l’AFP de l’augmentation de la pollution sonore, notamment dans le quartier de la Plaine, déjà très exposé. Ces quartiers n’auront, en plus, pas d’accès immédiat à ce train puisque « ce n’est rien d’autre que deux terminus, il ne permettra pas de développer la connexion entre Paris et sa banlieue », explique Marine Calmet.

Un avantage compétitif pour la capitale

La date de mise en service n’est pas neutre. Dans un communiqué, le gouvernement affirme que le CDG Express « constitue un élément important de la candidature de la France pour l’accueil » des JO de 2024. D’ailleurs, le projet n’est pas récent : il en était déjà question au sujet de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2012.

« C’est un projet nécessaire pour l’aéroport et Air France », a déclaré Nicolas Boichon, ingénieur à l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France à l’AFP. Le CDG Express leur permettra, selon lui, de « se distinguer de la concurrence en terme de qualité de service et d’image ». L’ingénieur, auteur d’une étude comparative sur les dessertes de 55 aéroports dans le monde, assure qu’il s’agit d’un avantage compétitif, la plupart des concurrents de Roissy étant dépourvus d’une telle liaison directe.

La consultation publique prendra fin le 12 juillet. D’ici là, le collectif espère recueillir un maximum d’avis pour faire le poids. « On va continuer à aller voir les habitants pour les informer le plus possible. Ce n’est pas une question de parti politique, mais d’honnêteté intellectuelle », conclut Marine Calmet. Pour l’instant, 500 personnes ont déjà donné leur avis sur la plateforme en ligne.

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