Gabon : Les affrontements meurtriers continuent

Émaillée de violences, l’annonce de la très courte victoire du président sortant Ali Bongo continue de provoquer de nombreuses tensions.

Politis.fr  • 2 septembre 2016
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Gabon : Les affrontements meurtriers continuent
© Photo : MARCO LONGARI / AFPnnDans le quartier de Nzeng Ayong, le corps d'Axel Massa a été enveloppé dans le drapeau du Gabon, tué par balles dans la nuit du 1er au 2 septembre.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, deux civils ont été tués, tandis que les arrestations se sont multipliées et qu’une vingtaine de leaders de l’opposition sont toujours retenus prisonniers. Les émeutes et les pillages qui ont suivi l’annonce de la victoire d’Ali Bongo, mercredi 31 août, menacent également le pays de pénuries de nourriture.

Pour autant, le pouvoir refuse toujours d’organiser un nouveau décompte des voix, réclamé par l’opposition et la communauté internationale, bien que les résultats du scrutin validés par la commission électorale montrent un écart marginal entre Ali Bongo, candidat du Parti démocratique gabonais, et son rival, Jean Ping.

Des émeutes meurtrières

Selon deux journalistes de l’AFP, un jeune étudiant en droit de 27 ans est mort des suites d’une blessure par balle à l’abdomen. Il a été touché, selon l’un de ses amis, par « la garde républicaine qui a tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles ». Dans le même quartier, celui de Nzeng Ayong, théâtre d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, un autre jeune homme de 28 ans a été tué par balle. Enveloppé dans le drapeau du Gabon, le corps d’Axel Messa a été porté sur un brancard de fortune par des habitants en colère. Une dizaine de petites échoppes ont également été pillées à Nzeng Ayong.

Mais la situation est également tendue dans les quartiers périphériques qui s’étendent le long de l’unique route nationale reliant la capitale gabonaise Libreville au reste du pays. « On a entendu des coups de feu toute la nuit, a détaillé à l’AFP Nicolas, un menuisier de la périphérie de la capitale. Les stations-service sont fermées, gardées par des militaires. Devant une boulangerie, des militaires assurent la sécurité pour qu’on ait un peu de pain ».

Une pénurie de pain et de produits frais menace en effet plusieurs villes du pays, les transports étant paralysés par le mouvement de révolte. À Lambaréné (à 200 kilomètres au sud de Libreville), des troubles ont aussi été signalés jeudi par le ministre de l’Intérieur Pacôme Moubelet-Boubeyla, qui évoquait un barrage sur un pont. La mairie et d’autres édifices publics y ont été incendiés. À Port-Gentil (à l’ouest du Gabon), des jeunes ont érigé des barricades sur les voies secondaires face aux forces de police. Vendredi matin, des gaz lacrymogènes ont été tirés tandis que les jeunes lançaient des pierres en direction des policiers.

Des opposants retenus prisonniers

Par l’entremise de leur avocat en France, vingt-sept opposants ont également fait savoir qu’ils étaient retenus prisonniers à Libreville, au quartier général de Jean Ping, candidat malheureux à l’élection présidentielle qui continue de réclamer un décompte des voix dans tous les bureaux de votes du pays. Parmi ces « vingt-sept », dénonçant dans une lettre ouverte « leurs conditions de séquestration » et le « hold-up électoral » commis par le régime, se trouveraient notamment un ancien vice-président et deux anciens ministres. Les opposants « demandent à la communauté internationale d’intervenir de toute urgence pour les sortir de là, leur seul crime étant d’être des opposants à un régime qui ne dispose plus d’aucune légitimité ».

Interrogé à Paris par France 24, le porte-parole du président gabonais Alain Claude Bilie-By Nze a toutefois déclaré que ces personnes n’étaient pas « en état d’arrestation », ajoutant que « lorsque la sécurité sera totale sur les lieux, le gouvernement examinera comment il faut [les] libérer ».

Si les États-Unis, la France et l’Union européenne ont demandé la publication des résultats de l’élection à un tour, bureau par bureau, le pouvoir gabonais s’y refuse, invoquant la loi électorale du pays qui ne prévoit pas cette procédure.

En France, dénonçant les « intervention néocoloniales en Afrique », l’association Survie a par ailleurs rappelé dans un communiqué publié jeudi le soutien historique des gouvernements français à l’égard du « clan Bongo ». D’après l’association, Ali Bongo, entré en fonction en 2009 après la mort de son père, Omar Bongo, qui présidait le pays depuis 1967, « n’aurait jamais pu réussir son passage en force sans l’intervention zélée de différents acteurs français ». « Ce soutien, poursuit l’association, s’exerce notamment via la coopération militaire et sécuritaire auprès de l’armée et la police gabonaise, celles-là même qui tuent actuellement les civils gabonais. »

LIRE > L’Uranium africain : une affaire très politique

Monde
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