Irak : Les incertitudes de la bataille de Mossoul

L’affaire s’annonce compliquée car les acteurs de cette vaste opération poursuivent des objectifs différents.

Denis Sieffert  • 19 octobre 2016
Partager :
Irak : Les incertitudes de la bataille de Mossoul
© Photo : AHMAD AL-RUBAYE / AFP

C’est par une allocution officielle prononcée en pleine nuit que le Premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi, a annoncé le 17 octobre le lancement de la bataille de Mossoul. Quelque 30 000 soldats des forces fédérales irakiennes sont impliqués dans cette tentative de reprise de la deuxième ville d’Irak, tombée aux mains de Daech en juin 2014. Des milliers de combattants kurdes irakiens se sont emparés lundi de plusieurs villages tenus par les jihadistes à l’est de la ville, tandis que la coalition, surtout dominée par les États-Unis, appuie l’offensive par des raids aériens. Mais l’affaire s’annonce compliquée en raison de l’intrication des jihadistes dans une population d’un million et demi d’habitants. Compliquée aussi parce que les acteurs de cette vaste opération poursuivent des objectifs différents. Le gouvernement irakien tente d’exclure la Turquie, qui entend bien être présente, ne serait-ce que pour ne pas laisser aux Kurdes le bénéfice politique d’une victoire.

Et la plus grande incertitude réside dans le comportement de la population sunnite de Mossoul. Victimes pendant dix ans des exactions des milices chiites, soutenues à l’époque par le gouvernement de Nouri Al-Maliki, les habitants avaient accueilli les jihadistes en libérateurs. La terreur que Daech a ensuite fait régner a conduit la population à se retourner. Elle n’en craint pas moins le retour des milices chiites soutenues par l’Iran. Derrière les aspects militaires, la bataille pose la question de la place des sunnites d’Irak. Ils avaient été relégués, puis persécutés à la suite de l’invasion américaine. Un exode massif est redouté. La population pourrait tenter de fuir la zone, par crainte des représailles de Daech, mais sans avoir une grande confiance dans ses nouveaux « libérateurs ».

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Guadalajara, au Mexique, la lutte pour de « l’eau propre »
Enquête 11 septembre 2026 abonné·es

À Guadalajara, au Mexique, la lutte pour de « l’eau propre »

Dans la grande métropole de l’ouest du Mexique, les familles les plus modestes sont victimes de coupures régulières ou ne voient couler de leur robinet qu’un liquide répugnant, tandis que des résidences de luxe captent des ressources privées.
Par Florian Lefèvre
La Cisjordanie occupée, dans l’abîme
Analyse 9 septembre 2026

La Cisjordanie occupée, dans l’abîme

Violences physiques, incendies, destructions de champs d’oliviers, vols de bétails… Chaque jour, la liste des agressions commises par des colons israéliens s’allonge dans le territoire. Et aucune décision politique forte ne met fin à cette spirale de violences contre les Palestinien·nes.
Par Céline Martelet
Palestinien·nes réfugié·es en France : « Je m’étais forcé à ne plus y croire »
Témoignage 9 septembre 2026 abonné·es

Palestinien·nes réfugié·es en France : « Je m’étais forcé à ne plus y croire »

Discrètement et au compte-gouttes, les autorités françaises reprennent les évacuations de la bande de Gaza. Fin août, quarante-quatre personnes sont arrivées à Paris. Parmi elles, des lauréat·es du programme Pause. Ce dispositif de mise à l’abri de chercheur·ses et d’artistes était suspendu depuis un an.
Par Céline Martelet et Alexandre Rito
Au Caire, le silence devient un privilège de classe
Reportage 28 août 2026 abonné·es

Au Caire, le silence devient un privilège de classe

Dans la mégalopole où le bruit fait partie de l’identité collective, les plus riches achètent désormais ce que la ville offre de plus rare : du calme.
Par Rémi Guyot