Enzo Traverso : « Trump est un fasciste sans fascisme »

L’historien italien Enzo Traverso* analyse la victoire du candidat républicain et s’interroge sur la dimension « populiste » du personnage.

Olivier Doubre  • 16 novembre 2016 abonné·es
Enzo Traverso : « Trump est un fasciste sans fascisme »
© Photo : Bill Wechter/AFP

Spécialiste de l’époque 1914-1945, de la « guerre civile européenne », comme il l’a lui-même qualifiée [^1], Enzo -Traverso observe le phénomène Donald Trump à l’aune de l’histoire des populismes sur les deux rives de l’Atlantique, notamment les fascismes européens.

Souvent désigné comme populiste, Donald Trump peut-il être qualifié de fasciste (ou de post-fasciste) au regard de son programme et de sa personnalité ?

Enzo Traverso : Il faut d’abord dire que ce débat a eu lieu aux États-Unis, notamment dans les grands journaux, et que plusieurs observateurs ont donné une réponse positive, y compris des personnalités néoconservatrices comme Robert Kagan. Pour ma part, je suis plus réservé sur cette définition, qui me paraît douteuse.

En tant qu’Italien, je rapprocherais plus volontiers Donald Trump de Berlusconi que de Mussolini. Toutefois, je reconnais que plusieurs traits de sa personnalité peuvent être qualifiés de fascistes : nationalisme radical, xénophobie, racisme, sexisme… Tout cela appartient au code génétique du fascisme. L’usage du racisme comme code culturel (tout comme, en Europe, celui qui est fait de l’islamophobie et de la xénophobie contre les migrants) rappelle beaucoup la démagogie antisémite

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Publié dans le dossier
Trump : À qui la faute ?
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »
Entretien 16 mars 2026 abonné·es

Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »

Après huit ans à la tête d’une équipe municipale qui a transformé Barcelone (2015-2023), l’ex-maire revient sur son héritage politique et appelle les gauches espagnole et française à construire des alliances larges pour stopper l’extrême droite et proposer un projet politique de justice sociale et de paix.
Par Pablo Castaño
Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande
Récit 12 mars 2026 abonné·es

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande

Le programme nucléaire militaire iranien est au cœur de la rhétorique américano-israélienne pour justifier la guerre contre l’Iran. La campagne de bombardement engagée par le duo Trump-Netanyahou pourrait faire passer le régime dans une autre dialectique nucléaire.
Par William Jean
Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron
Analyse 12 mars 2026 abonné·es

Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron

Avec la nouvelle dissuasion avancée, Emmanuel Macron met la doctrine française au cœur du débat stratégique européen. Dans un contexte géopolitique instable, cette évolution se veut être une garantie d’indépendance militaire. Une démonstration de force qui montre aussi ses fragilités.
Par Maxime Sirvins
« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »
Entretien 12 mars 2026

« L’arme nucléaire est une arme politique, en aucun cas une arme de champ de bataille »

Dissuasion avancée, intérêts vitaux européens, armes tactiques, désarmement : la chercheuse, Maïlys Mangin, décrypte les ressorts et les limites d’une mise à jour stratégique majeure opérée par Emmanuel Macron dans son discours à l’Île Longue.
Par William Jean