Israël-Palestine : l’Europe doit agir

Avec l’élection de Donald Trump, on peut redouter le pire au Moyen-Orient. La France et l’Europe doivent assumer leur rôle en exerçant les pressions nécessaires pour parvenir à la paix. Par Gilles Manceron.

Gilles Manceron  • 30 novembre 2016
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Israël-Palestine : l’Europe doit agir
© Photo : THOMAS COEX / AFP

Avant les élections de mars 2015 qui ont permis à Netanyahou de renforcer son pouvoir, Trump lui a apporté son soutien dans un message filmé. Durant sa campagne, il a promis le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et s’est déclaré favorable à la poursuite de la colonisation de la Palestine, deux violations du droit international qui rendraient impossible un État palestinien.

Netanyahou s’est félicité le 9 novembre de l’élection de son ami Trump. Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett a clamé que, désormais, « l’époque d’un État palestinien est révolu ». Le 16 novembre, la Knesset a voté en première lecture une loi légalisant 2 000 à 3 000 colonies de Cisjordanie installées illégalement au regard même des lois israéliennes. Leur lobby réclame « une loi d’annexion de la Judée et de la Samarie », c’est-à-dire de la Cisjordanie occupée en 1967. Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, semblant juger favorable le moment où Obama arrive à la fin de son mandat, menace d’une nouvelle guerre contre les institutions de la bande de Gaza qui « sera la dernière confrontation car nous les détruirons totalement ». La bienveillance dont va bénéficier Israël de la part des États-Unis va lui permettre de durcir sa répression des Palestiniens.

Pour pousser l’Europe à prendre ses responsabilités, une campagne pour la suspension de l’accord d’association de l’Union européenne avec Israël a été lancée par « Trop, c’est trop ! » et le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, qui regroupe une cinquantaine d’organisations – de solidarité avec la Palestine, politiques, syndicales, antiracistes, de défense des droits de l’homme et de l’immigration. Elle est soutenue par la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine qui rassemble plus de 40 associations, de référence chrétienne, juive, musulmane ou laïque.

Cet accord s’est traduit récemment par des programmes de recherche dans le domaine militaire au profit d’Israël. Or, il se fonde sur le respect des droits de l’homme et prévoit sa suspension « si une partie considère que l’autre ne satisfait pas à une obligation découlant du présent accord ». En s’en tenant strictement au droit international, l’Union européenne doit donc, par sa suspension, se conformer aux règles qu’elle a elle-même fixées.

Cette campagne n’oublie pas les anti-colonialistes israéliens. C’est d’ailleurs l’intervention forte du représentant de l’association israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem à l’ONU, le 14 octobre, appelant la communauté internationale à agir, qui a motivé l’appel du collectif « Trop, c’est trop ! » à suspendre cet accord. Ce collectif de citoyens, constitué à la fin de l’année 2 001 à l’initiative de Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet pour protester contre à l’enfermement de Yasser Arafat à Ramallah, a estimé que le moment était venu d’appeler l’Europe à réagir.

La multiplication des colonies dans les territoires palestiniens de Cisjordanie nous l’impose. Ces implantations incessantes, au nom de l’argument théologique intégriste selon lequel ces terres auraient « été données par Dieu à Israël », constituent une violation flagrante de la quatrième convention de Genève selon laquelle une puissance occupante ne peut transférer dans un territoire occupé une partie de sa population. Netanyahou feint de s’opposer aux légalisations d’implantations sauvages et aux demandes d’annexion, mais il ne cesse d’en préparer les conditions.

En juin 2016, son gouvernement a permis la construction de 840 nouveaux logements à Jérusalem-Est et 560 autres pour les colons de Ma’ale Adoumim. Il poursuit le plan visant à former une continuité territoriale entre Jérusalem-Est et cette colonie pour couper en deux la Cisjordanie. La poursuite de la colonisation, qui compromet l’existence d’un État palestinien indispensable au retour de la paix dans la région, éloigne la reconnaissance par ses voisins de l’État d’Israël dans ses frontières de 1967, et, par conséquent, met aussi en danger sa survie.

Cette campagne se situe dans le cadre de la campagne Boycott, Désinvestissements, Sanctions (BDS), qui a permis de sensibiliser les consommateurs à l’illégalité des produits des colonies et a conduit à la décision européenne d’imposer leur étiquetage. Mais l’heure du S de BDS a sonné. La suspension de cet accord est un moyen de pression beaucoup plus redouté et efficace. Située sur le terrain strict du droit, elle ne laisse pas prise aux accusations mensongères d’antisémitisme qui sont le seul argument des défenseurs de cette politique. En se démarquant des États-Unis, l’Europe doit obliger Israël à se conformer au droit.

Monde
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