Surpêche : en France, les stocks s’épuisent, la pêche industrielle s’accroche

Alors que les ressources marines françaises s’épuisent, la pêche industrielle poursuit son activité à un rythme soutenu. Sous la surface, les fonds marins français sont méthodiquement ravagés par des techniques de pêche industrielles lourdes et peu sélectives.

Maxime Sirvins  • 9 juin 2025 abonné·es
Surpêche : en France, les stocks s’épuisent, la pêche industrielle s’accroche
© Création : Maxime Sirvins

Le rapport à la mer de la France repose toujours sur un modèle de pêche destructrice. C'est ce qui ressort des études de l’Ifremer, l'institut français de recherche entièrement dédié à la connaissance de l'océan, et de différentes ONG comme Bloom. Si la pêche française a atteint environ 500 000 tonnes de produits en 2023, cette abondance cache une réalité fragile. Selon les derniers bilans, la majorité des stocks exploités est dans un état incertain ou préoccupant. À l’origine de cette situation, le système de pêche fondé sur l’exploitation intensive et, en particulier, les engins traînants comme les chaluts et sennes de fond.

Des ressources exploitées, dans un état préoccupant

Le rapport 2024 de l’Ifremer, qui évalue l’état des ressources exploitées par la flotte française, montre que seuls 46 % des stocks évalués en 2023 sont considérés en bon état écologique. C’est-à-dire que moins de la moitié de la population marine a une biomasse suffisante et une pression de pêche supportable. Le reste des ressources, soit près de la moitié, est surexploité, dégradé ou non classifié. La situation est encore plus inquiétante en Méditerranée, où seulement 15 % des stocks évalués sont jugés en bon état, contre 57 % dans la Manche.

(Infographie : Maxime Sirvins.)

À cette dégradation généralisée s’ajoute une concentration préoccupante des impacts sur certaines techniques de pêche. Le rapport Changer de cap, publié par l’ONG Bloom en janvier 2024, pointe en particulier deux techniques industrielles de pêche : le chalut et la senne de fond, qui dominent les captures françaises. Ces deux techniques relèvent de ce qu’on appelle la pêche traînante, par opposition aux engins dits passifs (comme les filets ou casiers). Elles reposent sur une logique d’extraction massive, avec des engins tractés activement par des puissants navires.

Le chalut, illustration d'une pêche industrielle destructrice

Le chalut de fond est un filet de forme conique, traîné directement sur le fond marin à l’aide de panneaux métalliques et parfois de chaînes. Il balaie de larges surfaces, capturant tout ce qui se trouve à sa portée. Il cible des espèces vivant au contact du fond, comme la sole, la baudroie ou le merlan, mais ne distingue pas entre les individus matures et les juvéniles, ni entre les espèces commerciales et les autres protégées. Une technique très

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Écologie
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SOS d'un océan en détresse
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