Racisme : Des politiques désinhibés
L’expression publique de propos racistes est plus médiatisée que les discriminations du quotidien, mais guère plus pénalisée.
dans l’hebdo N° 1426 Acheter ce numéro

Le député-maire Claude Goasguen : poursuivi pour « diffamation et incitation à la haine raciale » pour avoir évoqué, en 2014, « cette Shoah qu’on n’ose plus enseigner dans les lycées tant on a peur de la réaction des jeunes musulmans qui ont été drogués dans les mosquées ». Deux ans plus tard, il récidivera sur LCP, estimant que la France a « un problème avec les Maghrébins ». Une ex-candidate FN aux municipales : condamnée à 3 000 euros d’amende avec sursis pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe. L’hebdomadaire Le Point : condamné pour « diffamation publique » après la publication d’un dossier consacré à « l’intrigante réussite des Chinois de France ». Sans oublier le chef de file du FN en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui approuve la baisse de subvention au mémorial des enfants juifs d’Izieu, car la mémoire de la déportation ainsi transmise serait « trop politisée »…
La liste est hélas encore longue. Et cette omniprésence de propos nauséabonds dans l’espace public a largement participé à la libération de la parole raciste dans toutes les strates de la société, donnant l’impression que le racisme est somme toute légal – et indolore.
Des peines dérisoires« La parole publique raciste est longtemps restée contenue, car considérée comme illégitime,analyse Augustin Grosdoy, coprésident du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). Mais, à partir du moment où des responsables politiques ou des “grands commentateurs” ayant leur rond de serviette dans les médias se sont permis d’asséner certains propos, tout a changé. Et, la plupart du temps, ceux-là ont appris à ne pas dépasser une certaine ligne rouge pour ne pas être attaquables. » Ou à en faire leur fonds de commerce. Ainsi, l’un des multirécidivistes les plus célèbres a officié pendant des années comme « polémiste » sur le service public, il est actuellement