Terrorisme : « L’Occident a oublié ses modes de résistance »
Le psychanalyste Alain Abelhauser décrit les ressorts psychiques – individuels ou collectifs – qui permettent d’affronter le traumatisme dû à un événement d’une grande violence.
dans l’hebdo N° 1427 Acheter ce numéro

Un an après les attentats du 13 novembre 2015, Politis se pose la question de la résistance et du travail de mémoire. Alain Abelhauser, professeur à Rennes-II, analyse, à l'époque, nos réactions face aux attentats et les solutions individuelles comme collectives face aux attentats et leurs conséquences. Il revient aussi sur le dramatique "expliquer, c'est déjà un peu excuser" du premier ministre de l'époque, Manuel Valls, qu'il juge aussi simplificateur qu'absurde.
Chercheur et psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l’université de Rennes-II, Alain Abelhauser travaille notamment sur les traumatismes, tant collectifs qu’individuels. Il a récemment participé à l’organisation d’un colloque international et pluridisciplinaire à Rennes sur l’approche clinique des fanatismes religieux. Bon observateur de nos sociétés et de ses fêlures, il analyse ici les possibles réactions du psychisme humain face aux attentats et à leurs tragiques conséquences.
Par quelles étapes passe-t-on après un événement traumatique comme un attentat ? Comment, si l’on y parvient, résiste-t-on ?
Alain Abelhauser : Je crois tout d’abord qu’il faut distinguer le plan individuel et le plan collectif. Même si, bien entendu, la dimension collective a des incidences sur le ressenti individuel – dans le sens où l’on est un individu forcément pris dans une culture, une civilisation, un mouvement général, des liens sociaux, etc. – et qu’on ne saurait penser ces deux niveaux indépendamment l’un de l’autre. Face à un trauma, chacun réagit évidemment en fonction des liens sociaux dans lesquels il est inscrit, mais, surtout, comme relevant d’une structure particulière, d’une histoire particulière.
Résister signifie trouver – ou retrouver – des conduites, des manières de penser, des liens collectifs passablement perdus.
L’individu développe alors ses propres solutions – ou son absence de solutions – pour parvenir à se débrouiller avec ce qu’il doit affronter, avec ce qui vient faire traumatisme. Sur le plan collectif, je crois que notre vieil Occident a oublié, ou perdu, ses modes de résistance. Il est ainsi frappant de constater que ce type de violence exprimé par les attentats était jusqu’alors considéré chez nous comme appartenant à un ailleurs, à des contrées lointaines. Je crois en effet que résister signifie trouver – ou retrouver – des conduites, des manières de penser, des liens collectifs passablement perdus.
Quelles formes peut donc prendre cette résistance ?
La première forme de résistance, selon moi, consiste à pouvoir penser ce qui arrive. Or, nous nous sommes rendu compte à quel point nous étions mal préparés socialement. C’est ce symptôme qui s’exprime lorsqu’on entend des reproches adressés aux politiques du type « on ne
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