Les États africains fuient la Cour pénale internationale

Inquiets d’une justice internationale ne poursuivant de fait que des Africains, les chefs d’État ont adopté « une stratégie de retrait collectif »

Politis  • 8 février 2017
Partager :
Les États africains fuient la Cour pénale internationale
© Minasse Wondimu Hailu / ANADOLU AGENCY / AFP

En octobre dernier, le Burundi, l’Afrique du Sud puis la Gambie annonçaient qu’ils quittaient la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. De nombreux autres États africains s’apprêteraient à faire de même, à la suite d’une motion collective, votée lors du 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Éthiopie, les 30 et 31 janvier.

Entrée en fonction en 2002, faisant suite aux deux tribunaux internationaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie (1993) puis pour le Rwanda (1994), la CPI, chargée de poursuivre les personnes accusées de génocide, de crimes de guerre ou contre l’humanité, se voulait la concrétisation du rêve ancien d’une justice pénale universelle. Mais elle ne peut directement poursuivre que des crimes commis sur le territoire ou contre des ressortissants des 124 États ayant ratifié le Statut de Rome qui l’a instituée – dont 34 sont africains. Et ces derniers font l’objet de la quasi-totalité des procédures, visant parfois jusqu’aux chefs d’État (comme ceux du Soudan ou du Kenya). En effet, nombre d’États susceptibles de devoir rendre des comptes ont rejeté la CPI : États-Unis, Russie, Chine, Israël et presque tous les pays arabes…

Inquiets de cette justice internationale ne poursuivant de fait, à 90 %, que des Africains, les chefs d’État réunis à Addis-Abeba ont profité de cette réunion de l’UA pour adopter « une stratégie de retrait collectif » – même si celle-ci n’existe pas en fait en droit international et que chacun décidera seul, in fine, de son retrait effectif de la CPI. Et même si la majorité des affaires soumises à la Cour l’ont été de leur fait, nombre de dirigeants africains ayant cherché à se débarrasser par ce biais de leurs opposants.

Monde
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant
Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée
Enquête 9 juillet 2026 abonné·es

Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée

À la frontière avec le Brésil, les habitants de Camopi vivent depuis des décennies sous l’emprise des chercheurs d’or clandestins. Alors que l’État revendique des opérations militaires régulières, les autorités coutumières dénoncent une protection insuffisante.
Par Tristan Dereuddre
Ghassan Abu Sittah : « Nous soignons aujourd’hui des enfants de trois guerres différentes »
Entretien 7 juillet 2026 abonné·es

Ghassan Abu Sittah : « Nous soignons aujourd’hui des enfants de trois guerres différentes »

Depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël en mars, 4 319 Libanais ont été tués et 12 000 blessés. Le chirurgien britannique Ghassan Abu Sittah, d’origine palestinienne, revient sur les conséquences de la guerre au Liban et dresse un parallèle avec l’enclave de Gaza.
Par Hugo Lautissier
« Mal élu, Keir Starmer n’a fait qu’une politique de droite agressive »
Entretien 29 juin 2026 abonné·es

« Mal élu, Keir Starmer n’a fait qu’une politique de droite agressive »

Thierry Labica, enseignant au département d’études anglophones de l’université de Nanterre, revient sur les causes de la démission du Premier ministre britannique, ses promesses trahies, sa grande impopularité, son action au sein du Labour pour chasser toute son aile gauche. Et dresse le portrait ambigu du travailliste Andy Burnham, son probable successeur.
Par Olivier Doubre