Dans la vraie vie, il y a juste des gens

Pour cette nouvelle chronique d’humour dans Politis, le stand-upeur Ameziane se demande comment le mot « woke » a bien pu se retrouver diabolisé au même rang que « facho ».

Ameziane  • 23 octobre 2025
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Dans la vraie vie, il y a juste des gens
© Noémie Kirscher

Avez-vous remarqué que la droite et la gauche s’effacent ? Même les chaussettes n’ont pas l’audace de disparaître toutes les deux en même temps. Depuis la Révolution, cette dichotomie structure les « débats » de tous vos amis bourrés, tous ces « intellectuels » de soirée qui attendent 3 g pour « parler politique ». Aujourd’hui, ça sent la fin de soirée et le « débat » a évolué en pugilat. Les deux camps ne se respectent plus, fini de se qualifier poliment de « gauche » ou de « droite », ils s’insultent : « wokiste » et « facho ».

Et comme dans une dispute d’adolescents, chacun est obligé de choisir un camp. À noter tout de même que choisir le fascisme, c’est se ranger derrière l’ami qui a déclenché la bagarre, a frappé tout le monde puis t’explique que c’est de ta faute et de celle de Rachid. J’ai jamais compris pourquoi on choisit ce camp. Parfois, je pense contre moi-même.

Inconsciemment, j’ai compris que j’avais pour ­certains une gueule de menace.

Pourquoi ne pas aller voir du côté des « fachos » ? Peut-être qu’ils ont raison ? Et si mes propres idées œuvraient contre moi ? Puis je me rappelle que je suis homosexuel, kabyle, fils d’immigrés de la classe moyenne basse… Disons que je n’ai pas vraiment le choix. Peut-être que les « fachos » n’ont jamais connu un contrôle au faciès, ou peut-être qu’on ne leur a jamais appris à ne pas faire de vagues de peur d’une bavure.

J’ai compris que la couleur de peau représentait une menace armée très tôt. Inconsciemment, j’ai compris que j’avais pour ­certains une gueule de menace. Je n’ai jamais commis le moindre délit – il y a eu des joints, certes, mais même Manuel Valls a déjà fumé –, jamais eu une heure de colle, mais j’ai appris à faire profil bas comme si j’étais un malfrat. Vivre sur le qui-vive sans les avantages du crime, je vous le dis : c’est nul.

Sur le même sujet : Le « wokisme », arnaque intellectuelle réactionnaire

On dit souvent que « tous les policiers ne sont pas racistes ». C’est vrai. Il faut le dire : not all men. Pas tous les pangolins, mais le covid c’est quand même à cause d’un pangolin. L’autre camp est quand même plus cool. À l’origine, « woke » voulait juste dire « éveillé aux injustices ». Rien de mystique. Pas de tofu inclusif ni de licornes intersexes. Juste des gens qui aimeraient de la justice. Comment des idées humanistes peuvent-elles être aussi diabolisées ?

Le vrai problème, c’est qu’on nous force encore à choisir entre deux caricatures : les ‘fachos’ et les ‘wokistes’.

Est-ce par le même système qui diabolise les femmes qui parlent ? Le mot « woke » a été diabolisé au même rang que « facho ». Une prouesse technique réalisée sans nul doute avec la participation exceptionnelle des médias Bolloré. Le « wokisme » est une insulte « praudstienne » – pour la création de ce néologisme, je me suis librement inspiré de l’adjectif « proustien » et je l’ai habilement adapté en référence au meilleur d’entre nous. Admirez la prouesse !

Le vrai problème, c’est qu’on nous force encore à choisir entre deux caricatures : les « fachos » et les « wokistes ». Mais, dans la vraie vie, il y a juste des gens qui ne veulent plus se faire écraser – et d’autres qui trouvent ça normal.

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