Turquie : « En cas de victoire, il y a un risque de dictature »
Économiste et politiste turc, Ahmet Insel analyse les enjeux du référendum voulu par Erdogan pour instituer un régime présidentiel.
dans l’hebdo N° 1449 Acheter ce numéro

Professeur émérite à l’université de Galatasaray (Istanbul), Ahmet Insel est chroniqueur au journal d’opposition Cumhuriyet – dont plusieurs journalistes sont poursuivis en justice par la pouvoir (voir ci-dessous). Si le « oui » l’emporte au référendum du 16 avril pour instaurer un régime présidentiel, Recep Tayyip Erdogan concentrera tous les pouvoirs entre ses mains. Avec des conséquences à long terme pour une démocratie turque déjà fortement abîmée.
Pouvez-vous faire un pronostic du résultat du référendum constitutionnel du 16 avril en Turquie ? Comment se divisent les forces politiques turques sur cette consultation ?
Ahmet Insel : À quelques jours de ce référendum, son résultat est totalement indéterminé. C’est d’ailleurs une situation surprenante puisque, lorsqu’il a relancé le projet de régime présidentiel, avec le soutien inattendu, en septembre dernier, du chef du parti d’extrême droite ultranationaliste MHP, Recep Tayyip Erdogan pensait que l’addition des voix de son parti, l’AKP, et de celles du MHP lui permettrait d’atteindre facilement entre 58 % et 60 %. Or, aujourd’hui, certains sondages d’opinion donnent une victoire du « oui » avec 1 % d’avance, d’autres celle du « non » avec le même point d’écart.
Le résultat paraît donc à ce jour