Hommage à Brahim Bouarram, un rappel nécessaire

Comme chaque année, de nombreuses associations ont rendu hommage au jeune Marocain tué par des militants d'extrême droite en 1995. L’événement a cependant pris un sens particulier avec la présence du Front national au second tour.

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Ce 1er mai 2017 était le vingt-deuxième anniversaire de l’assassinat de Brahim Bouarram, poussé dans le fleuve par quatre skinheads participant à la manifestation annuelle du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc. Comme tous les ans, ils étaient une centaine à s'être réunis sur le pont du Carrousel, puis sur les berges de la Seine pour y jeter des fleurs.

« Cet acte symbolique a peut-être une dimension routinière, analyse le Mrap au micro. Pourtant, cette année, il prend une signification particulière. » En effet, que s'est-il passé pour que, vingt-deux ans après, le FN soit de nouveau au second tour de l'élection présidentielle ? Les associations présentes, entre autre l'Association des travailleurs maghrébins de France, la Ligue des droits de l'homme ou le Mrap, dénoncent la « lepenisation des esprits » et mettent en cause les politiciens et les médias. « Le FN au deuxième tour, c'est surtout la victoire de leurs idées, qui sont devenues des sujets de débats entre les personnes politiques », analyse Ines. L'étudiante est venue au rassemblement, pour la première fois, avec des amies. Elle ajoute :

C'est important d'être ici, de se souvenir que même si le Front national tente de devenir un parti comme les autres, son histoire est marquée par le sang.

© Politis

Dans ce contexte particulier, nombreuses sont les personnalités politiques qui se sont rendues devant la plaque commémorative. Lundi matin, Emmanuel Macron y a déposé une gerbe de fleurs, rappelant qu'il « n'oubliait rien du passé du Front national ». Anne Hidalgo, maire de Paris, et Jean-Luc Mélenchon sont aussi venus rendre hommage au jeune homme.

Transmettre l’histoire et la mémoire

Que les candidats soient présents ou non, les débats s'engagent sur le trottoir. Danielle Simonnet, qui vient ici chaque année, se fait apostropher par deux hommes. « Pourquoi n'appelez-vous pas à voter Macron ? », lui demandent-ils. « Chacun doit voter en conscience, répond-elle. Donner des consignes de vote ça ne convainc pas les gens d'aller voter. » À côté, Nadia Mouaddine, conseillère municipale de Gennevilliers, a pris parti : « C'est malheureux mais nous sommes sous la Ve République et la seule solution que nous ayons pour barrer la route du FN, c'est de voter Macron. Il est hors de question que Marine Le Pen fasse 40 %. »

Alors que, selon Ipsos, la candidate frontiste est arrivée en seconde position des votes des jeunes de 18-24 ans, la mémoire du meurtre du 1er mai 1995 est un réel enjeu. Yasser Louati est venu avec son fils de 8 ans :

Ce qui m'inquiète, c'est que mes enfants ne connaissent rien de cette histoire, que pourtant moi j'ai connue. Venir ici, c'est aussi leur transmettre cette mémoire qui, je pense, n'est pas vraiment transmise par l'école et les institutions.

Alors que les fleurs, jetées par les passants flottent sur la Seine, une femme soupire : « Maintenant, tout se joue dans les urnes ».


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