Alpes-Maritimes : Cédric Herrou et 156 demandeurs d’asile interpellés

Une vague d’arrestations de migrants a eu lieu lundi à Cannes. En majorité soudanais, ils ont été renvoyés à la frontière italienne.

Hugo Boursier  • 25 juillet 2017
Partager :
Alpes-Maritimes : Cédric Herrou et 156 demandeurs d’asile interpellés
© Photo : VALERY HACHE / AFP

C’est une opération policière qui comporte tous les critères d’une rafle, à savoir une arrestation massive d’individus, au cours de laquelle les identités sont contrôlées. Lundi 24 juillet, 156 demandeurs d’asile, majoritairement soudanais, ont été interpellés à Cannes.

Accompagnés par l’agriculteur Cédric Herrou, qui lui aussi a été arrêté, ils se dirigeaient vers Nice puis Marseille pour déposer une demande d’asile. C’est la sixième fois que le militant est interpellé depuis 2016. Sa dernière garde à vue remonte au 6 juillet dernier.

À lire aussi >> Entretien avec Cédric Herrou : « Fermer les frontières, ça ne marche pas »

L’eurodéputé José Bové était présent lors des faits. Il a affirmé sur France Inter qu’une centaine de migrants ont été _« emmenés à Menton par la police des frontières pour être ensuite remis en Italie ». Les autres sont restés dans la gare de Cannes pour être ensuite renvoyés. Il dénonce :

Il y a des règles de droit, et aujourd’hui, elles sont bafouées. Ces personnes sont tout à fait habilitées à demander le droit d’asile.

Son intervention fait suite aux critiques émises par le président du conseil départemental, Éric Ciotti. Sur son site, ce dernier a qualifié la venue de José Bové de « démarche scandaleuse de soutien à des étrangers en situation illégale ». Selon lui, la venue des migrants relève d’une « nouvelle provocation intolérable et inadmissible ». Il estime aussi que les associations « profitent de cette misère humaine ».

Fuyant l’insécurité générale provoquée par de graves conflits entre armée gouvernementale et forces rebelles, les migrants soudanais se retrouvent en grande difficulté dans le département des Alpes-Maritimes, la majorité des élus locaux ayant refusé le moindre centre d’accueil d’urgence.

Lors du procès en appel du militant le 20 juin dernier, au cours duquel l’avocat général avait requis huit mois de prison avec sursis, l’agriculteur avait déclaré : _« J’ai l’impression de faire le travail de l’État. » Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, s’était lui aussi exprimé en ce sens dans un texte envoyé directement à Gérard Collomb en juin. Il dénonçait les renvois des mineurs étrangers isolés en Italie par l’administration et les forces de l’ordre. Dans une vidéo publiée au début du mois de juillet, Cédric Herrou avait filmé ces abus contraires au droit des mineurs.

À lire aussi >> Mineurs isolés étrangers : Que fait la France ?

La Roya Citoyenne, dont fait partie l’agriculteur, est une des seules associations locales à venir en aide aux migrants qui passent la frontière. Un engagement qu’a voulu souligner le réalisateur Michel Toesca, dans son documentaire, À tous vents. Une campagne de financement participatif a été lancée pour soutenir ce projet.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police
Colonialisme • 16 octobre 2026

65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police

Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes ont été marquées par de fortes répressions. 65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, les pratiques de la police continuent de porter les traces de son histoire coloniale.
Par Kamélia Ouaïssa
À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point
Reportage • 14 octobre 2026 abonné·es

À Saint-Avold, les gilets jaunes reprennent le rond-point

Depuis les premiers jours de la mobilisation lycéenne, une date est très attendue : celle du retour annoncé des gilets jaunes le 17 octobre. Une journée d’action lancée début septembre sur les réseaux sociaux pour protester notamment contre l’augmentation du prix de l’essence et du coût de la vie.
Par Céline Martelet
Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Luttes • 14 octobre 2026

Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »

Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
Par Kamélia Ouaïssa
Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »
Analyse • 14 octobre 2026 abonné·es

Derrière les lycéen·nes, « la daronnerie est en colère »

Depuis bientôt un mois, les lycéen·nes qui luttent pour leur avenir mènent un mouvement social de grande ampleur pour exiger notamment de meilleures conditions d’apprentissage. Dans leur sillage, et face à la répression qu’ils et elles subissent, des parents se mobilisent à leurs côtés. Certains sont organisés en collectif.
Par Pauline Migevant et Kamélia Ouaïssa