L’« énigme » posée par François Ruffin aux députés La République en marche

Dans le cours des débats sur la « loi travail 2 », le député de la France insoumise a, par quatre fois, posé une colle au rapporteur de la loi sur la réforme du code du travail, ancien DRH du groupe Auchan…

Michel Soudais  et  Nadia Sweeny  • 13 juillet 2017
Partager :
L’« énigme » posée par François Ruffin aux députés La République en marche
© Photo : Martin BUREAU / AFP

P uis-je citer une entreprise que le rapporteur connaît bien ? » Après cette entrée en matière faussement interrogative, François Ruffin évoque en quelques chiffres le cas d’Auchan, au sein duquel Laurent Pietraszewski, le rapporteur de la loi d’habilitation à réformer par ordonnances le code du travail, était Responsable gestion des carrières, recrutement et évaluation. L’enseigne, résume le député de la Somme, « procède à 870 suppressions d’emplois, alors que ce groupe se porte parfaitement puisqu’il a vu son bénéfice augmenter de 14 % l’an dernier, que ses dividendes ont progressé de 75 % au printemps et que son patron, Gérard Mulliez, possède une des grandes fortunes françaises – 26 milliards d’euros, qu’il place largement en Belgique ».

Ce rappel posé, François Ruffin interroge les députés de La République en marche pour savoir si en pareil cas il ne faudrait pas faire pression sur l’employeur pour le faire payer davantage. Une question relancée une première fois quelques minutes plus tard : « Allons-nous, pour mettre fin à ce conflit, invoquer la réconciliation, tels des chamans ? Faire preuve de bienveillance ? Que prévoyez-vous, chers collègues, j’attends vos propositions sur ce sujet ! » « Lorsqu’on a affaire à une telle agression économique, la loi est normalement là pour s’interposer entre l’agresseur et l’agressé : qu’est ce qu’il y a dans ce texte qui permet de limiter la voracité de votre ancien patron ? »

Silence et tergiversions

Sa question étant restée sans réponse, c’est d’une « énigme » que parle le député de la France insoumise quand il l’évoque à nouveau vers 23h15 après s’être joint au rassemblement place de la République contre la casse du code du travail : _« Je me suis dit que j’allais repasser, vu qu’il y avait de la lumière, pour voir si vous aviez réfléchi à mon énigme en mon absence. » Rappelant les données du conflit, il interpelle directement Laurent Pietraszewski :

Il s’agit bien là d’une agression économique. Je vous demande donc, monsieur le rapporteur, parce que pour moi c’est une énigme, ce qui, dans votre texte, permet de limiter la voracité de votre ancien patron ? Est-ce que ce sont les indemnités plafonnées pour les prud’hommes ? Le contrat de projet ? La fin des CHSCT ? Il me semble au contraire que votre texte donne davantage de liberté aux prédateurs et je ne sais pas si c’est ce modèle social que nous voulons perpétuer.

C’est finalement le député LREM de Paris, Sylvain Maillard, qui tentera de lui répondre. Brandissant fièrement une « note du cabinet » de la ministre du Travail qu’il se met à lire, le député détaille le plan de sauvegarde de l’emploi chez Auchan. « Signé à la majorité et assorti d’une dotation de 50 millions d’euros », précise-t-il, il va conduire à supprimer « 937 emplois d’une part, mais 475 emplois nouveaux seront créés d’autre part », aboutissant à un solde de « 450 emplois supprimés ». Pour ceux-là, le PSE comprend diverses mesures d’accompagnement et de reclassement que détaille le député ainsi que « la prise en charge de… heuuu ça je n’arrive pas à lire »

Une réponse téléguidée en toute indépendance du parlementaire qui ne répond pas à la question posée. Comme François Ruffin ne manque pas de le souligner quelques minutes plus tard dans une ultime intervention. « L’énigme » reste entière.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Quartiers populaires 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté
Fraternité en résistance
Solidarité 17 juillet 2026 abonné·es

Fraternité en résistance

Dans la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, des habitants ont choisi d’aider des personnes migrantes traquées par l’État français. La solidarité y est devenue un combat politique. De cette lutte est née Emmaüs Roya, une communauté agricole et sociale que raconte Cédric Herrou.
Par Cédric Herrou
Engagement populaire : la relève est déjà là
Quartiers 17 juillet 2026

Engagement populaire : la relève est déjà là

Sanaa Saitouli (Banlieues Climat) revient sur l’émergence de nouvelles personnalités politiques issues des quartiers populaires, héritières de décennies de luttes souvent ignorées. À l’approche de 2027, ces voix sont indispensables. Elles reflètent celles d’habitants concernés et conscients des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques qui traversent aujourd’hui le pays.
Par Sanaa Saitouli
Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte
Analyse 16 juillet 2026 abonné·es

Contre le RN, les gauches pensent à leur riposte

Insoumis, socialistes, communistes et écologistes considèrent que l’officialisation de la candidature de Marine Le Pen au détriment de Jordan Bardella ne change pas la donne. Les stratèges s’apprêtent néanmoins à l’affronter sur le terrain de la probité. Mais pas seulement.
Par Lucas Sarafian