Menaces de pénurie de café pour cause de réchauffement climatique

Une réunion discrète de spécialistes organisée par des producteurs et des multinationales du café vient de faire un point pessimiste à Nairobi.

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Le café, plus exactement le bon café, pousse essentiellement dans les contrées montagneuses ou collinaires, et relativement fraîches, des tropiques, quel que soit le continent. Mais, comme les températures moyennes de ces régions sont à la hausse, sous l’influence du réchauffement climatique, les plantations de caféiers doivent chaque année « grimper » un peu plus dans les hauteurs. Lesquelles ne sont évidemment pas extensibles à l’infini. D’autant plus que dans les zones tropicales comme la Tanzanie, le Mozambique, le Kenya ou les nations d’Amérique centrale, l’élévation des températures moyennes est souvent plus rapide qu'ailleurs. L’industrie et le commerce du café ont donc récemment réuni discrètement dans la capitale kenyane, Nairobi, quelques spécialistes, dont les conclusions sur l’avenir de cette baie originaire d’Éthiopie, ne sont pas optimistes.

Car le phénomène a au moins deux conséquences : d’abord, les populations locales se voient progressivement privées de cultures ou bien constatent, comme en Colombie, au Venezuela ou en Côte d’Ivoire, que les rendements sont de plus en plus souvent divisés par deux ou trois. Cela diminue les ressources de planteurs ou des travailleurs agricoles et pèse sur la balance commerciale de leurs pays. Ensuite, si les conditions continuent à évoluer dans le même sens, il y a menace que le café devienne une denrée de plus en plus rare et donc de plus en plus chère. Donc de moins en moins accessible aux consommateurs, des pays industrialisés mais aussi ceux du Sud.

Pénurie de pollinisateurs

Pour retarder l’inéluctable, les planteurs peuvent protéger leurs arbustes à café avec des arbres qui leur procurent à la fois de l’ombre et la fraicheur nécessaire. Ils peuvent aussi, mais ce n’est pas toujours facile, développer ou préserver les espaces forestiers qui entourent les plantations. Pour obtenir ou maintenir la fraîcheur relative mais aussi parce que ces zones boisées abritent la vie des insectes pollinisateurs nécessaires aux récoltes abondantes. La question est d’autant plus cruciale que la majorité de ces insectes, y compris les abeilles, ne peuvent pas suivre les caféiers en altitude ou migrer vers la nord ou vers le sud, car leur survie est liée à des écosystèmes particuliers qui n’existent pas ailleurs. Ainsi, non seulement les investissements d’adaptation, de déménagement et de protection des plantations représentent des fortunes hors de portée pour de nombreux pays, mais en plus, les entomologistes estiment que seule une infime partie des pollinisateurs pourraient suivre. Cela implique une diminution déjà constatée du niveau des récoltes.

Crainte spéculative

Ainsi, les chercheurs de l’université sud-africaine de Witwatersrand ont mesuré que depuis 1970 la production tanzanienne de café a chuté de 50 % et que la moyenne de grains à l’hectare est passée de 225 kilos à 137 à l’hectare pour un petit producteur.

Pour éviter que les bourses spécialisées ne s’affolent, pour que la spéculation ne bouleverse pas le marché, rien n’a encore filtré des conclusions des spécialistes. Mais, il paraît certain à terme, que l’avenir du café pourrait être menacé. Comme celui du thé, et toujours pour des raisons climatiques, dans le nord de l’Inde.


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