« Trois jours chez ma tante », d’Yves Ravey : Réduire les mots, épaissir le sens
Dans Trois jours chez ma tante, Yves Ravey met en scène un petit escroc rattrapé par son passé. Un roman à l’écriture épurée et propice au mystère. Rencontre.
dans l’hebdo N° 1472 Acheter ce numéro

J ’ai une écriture qui n’est pas forcément celle qu’on attend. » Quand Yves Ravey prononce cette phrase, vous regardant avec ses yeux bleus d’une clarté lumineuse, c’est sans forfanterie aucune. Il s’en faudrait même de peu qu’il s’en excuse. Mais c’est comme ça. Il peut aussi s’en inquiéter. C’est pourquoi sa sélection sur la première liste du Goncourt – événement inédit pour lui après quinze romans publiés – lui a « fait plaisir ». Tout de même, il pense que dans la littérature, il y a du « convenu ». Comment lui donner tort ?
Quand on l’interroge sur les caractéristiques qui singularisent son écriture, il n’hésite pas : le traitement de la psychologie. Certains commentateurs ont dit que ses personnages en étaient dénués. Erreur. La psychologie est présente, mais jamais mise au premier plan, toujours suggérée. « Je ne crois pas nécessaire de céder aux stéréotypes selon lesquels un individu doit être décrit comme “inquiet”, “heureux” ou “perplexe”, explique-t-il. Je préfère exprimer un sentiment à travers un geste, une mimique, le choix d’un vêtement, sans que cela soit trop appuyé non plus. Dans la vie aussi on se perçoit les uns les autres sur des choses infimes, et rapidement. » On aura compris que le contrat avec le lecteur a ses exigences. Point de passivité, mais une grande attention requise pour décoder, imaginer.
Le personnage principal de Trois jours chez ma tante rejoint
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
« Bréviaire des anonymes » : possédé par ceux qui n’ont rien
« Boma Ye », jeux de regards
« Lézardes », libres caractères