Proposition de gel du Smic : une attaque contre les salariés les plus modestes

Un rapport préconise la désindexation du salaire minimum, synonyme d’appauvrissement pour les travailleurs les moins bien payés. Guère une surprise, quand on regarde le pedigree du groupe d’« experts » qui en est à l’origine.

AFP  et  Vincent Richard  • 5 décembre 2017
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Proposition de gel du Smic : une attaque contre les salariés les plus modestes
© photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Le « groupe d’experts sur le Smic » s’est prononcé contre un « coup de pouce » au 1er janvier, selon son rapport consulté mardi par l’AFP, dans lequel il prône également une réforme du salaire minimum, qu’il propose de désindexer pour éviter son augmentation trop rapide.

Le premier élément n’est pas une surprise, puisque consulté chaque année depuis 2008 avant chaque revalorisation, le groupe d’experts a toujours déconseillé aux gouvernements d’accorder un « coup de pouce ». En conséquence, l’État n’en a plus accordé depuis juillet 2012, au lendemain de l’élection de François Hollande.

Les raisons de cette recommandation ? S’il constate une « embellie » de l’économie française, celle-ci est « d’une ampleur moindre que celle observée dans l’environnement économique immédiat de la France ». Compte tenu de ces « fragilités manifestes », le groupe d’experts « recommande » de « s’abstenir de tout “coup de pouce” au 1er janvier 2018 », afin de ne pas fragiliser les améliorations en cours. Encore une fois, c’est aux salariés les plus modestes qu’il revient de supporter les conséquences de problèmes économiques qui trouvent pourtant leurs sources dans les aléas de la finance et les politiques d’austérité.

Mais les « experts » ne s’arrêtent pas à cette recommandation classique. À défaut de coup de pouce, le Smic bénéficie chaque année d’une hausse mécanique, calculée selon deux critères : l’inflation constatée pour les 20 % de ménages aux plus faibles revenus et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier et employé (SHBOE). Ainsi, lors de la dernière revalorisation, début 2017, le Smic avait augmenté de 0,93 %, atteignant 1 480,27 euros brut mensuels (9,76 euros de l’heure), soit 1 151,50 euros net.

Les auteurs du rapport jugent « nécessaire » de « réformer » cette formule de calcul, préconisant deux options : indexer le Smic sur l’inflation seulement, voire « supprimer toute règle d’indexation obligatoire », synonyme, sauf dispositions exceptionnelles, de gel du salaire minimum d’appauvrissement régulier des salariés les plus modestes.

Selon le groupe d’experts, la formule actuelle a mené en France à un Smic « élevé comparé à ses homologues étrangers » mais « peu efficace pour lutter contre la pauvreté ». Il n’est cependant pas sûr non plus que diminuer le salaire réel des salariés les plus mal payés soit efficace contre la pauvreté.

Il estime par ailleurs que « la rapidité de la croissance du Smic » est « coûteu[se] pour les finances publiques », du fait des exonérations de cotisations sociales consenties depuis les années 1990 pour « réduire les effets préjudiciables d’un Smic élevé sur […] l’emploi des personnes les moins qualifiées ». Selon les experts, cet argent serait plus efficacement dépensé pour « des mécanismes ciblés de lutte contre la pauvreté, comme la prime d’activité ».

Une commission monocolore de doctrinaires intolérants

Renouvelé en août, le groupe d’experts sur le Smic est présidé par Gilbert Cette, professeur d’économie associé à l’université d’Aix-Marseille, et se compose notamment des économistes Andrea Garnero (OCDE), Isabelle Méjean (Crest), Marie-Claire Villeval (CNRS) et André Zylberberg (CNRS et École d’économie de Paris). Or le président Gilbert Cette avait rédigé en 2008, avec un autre membre de la commission, André Zylberberg, ainsi que Pierre Cahuc, un rapport dans lequel ils s’élévaient déjà contre un _« salaire minimum élevé et uniforme ». Leur recommandation tient donc davantage de la vieille lune que de l’inédite idée révolutionnaire.

En 2016, Pierre Cahuc et André Zylberberg avaient également publié un pamphlet d’une violence extrême contre les économistes « critiques », Le Négationnisme économique et comment s’en débarrasser (Flammarion). Considérant que l’économie est une science exacte, dite « science expérimentale », dont la méthode serait aussi rigoureuse que celle de la médecine ou de la physique, les deux auteurs, représentatifs de l’économie mainstream, accusaient ceux qui les contestent d’être de faux savants, des négationnistes, au même titre que les personnes qui nient l’existence de la Shoah et qu’il convenait donc de les priver de tout accès aux médias.

À lire aussi >> « Négationnisme économique » : la réponse des hétérodoxes

Dans un court communiqué, la confédération Force ouvrière rappelle avoir, à l’époque de la constitution de ce groupe d’experts, _« mis en garde contre une composition monocolore relevant du libéralisme économique et monospécialisée au plan des disciplines ». S’il n’est donc pas surpris, le syndicat met en garde le gouvernement contre ce qui, dans l’hypothèse où il retiendrait cette proposition, « serait une faute économique et sociale lourde de sens, accentuant l’image d’un gouvernement des riches apparue notamment avec la baisse des APL ».

Économie
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