Olivier Faure et le PS, pas vraiment les bienvenus parmi les cheminots

Quelques militants et élus socialistes avaient décidé d’accompagner Olivier Faure, futur premier secrétaire du PS, parmi les cheminots. Ceux-ci les ont chassés au bout de quelques minutes…

Olivier Doubre  • 23 mars 2018
Partager :
Olivier Faure et le PS, pas vraiment les bienvenus parmi les cheminots
© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Ils s’étaient donné rendez-vous devant le marché Saint-Quentin, à deux pas de la gare de l’Est. Un petit groupe d’une trentaine de militants avec des drapeaux du Parti socialiste (PS), quelques élus, écharpe en bandoulière, de la Ville de Paris, et deux ou trois parlementaires. On avait l’impression qu’ils avaient l’habitude de la rue, s’apprêtant à rejoindre le cortège des cheminots, CGT en tête, sans craindre aucun heurt.

Un peu avant 13 heures, Olivier Faure, qui doit être élu dans quelques jours premier secrétaire après sa « victoire » au premier tour auprès des militants, rejoint le petit groupe. Tout de suite, une nuée de journalistes, principalement de télévision, l’entourent et multiplient les questions. Le ton est convenu, mais le chef de file des députés Nouvelle gauche explique pourquoi il est venu ici :

Nous avons toujours été très attentifs, même lorsque nous étions au pouvoir, à ce qui se passait dans la rue. C’est dans notre ADN : notre vocation est d’être avec ceux qui luttent. Nous avons toujours été attentifs à cela, à la transformation sociale. Aujourd’hui, c’est une journée pour l’exprimer.

Écartant les journalistes, le petit groupe se met en route vers la tête de la manifestation des cheminots, qui ne s’est pas encore élancée. Comme quelqu’un qui jadis a beaucoup manifesté, le sénateur David Assouline (ancien dirigeant de l’Unef en 1986 contre le projet Devaquet) rejoint Olivier Faure et le prend par le bras. Le petit groupe se met en marche en direction des cheminots, encore immobiles. Il demeure entouré de caméras et de journalistes, ce qui attire l’attention de manifestants qui patientent derrière les banderoles de leurs syndicats respectifs, attendant le départ du cortège vers Bastille.

Les réactions des cheminots, une fois reconnu Olivier Faure entouré de drapeaux frappés du « poing et la rose » ne se font pas attendre. Sifflets, huées : « Cassez-vous, les socialos ! », « Vous étiez où contre la loi travail ? » Rapidement, le petit groupe s’engage le long de la manif, toujours suivi par les journalistes, et accélère le pas. Finalement, en marge du service d’ordre qui encadre le carré de tête, Olivier Faure donne encore quelques interviews devant les caméras.

Mais un groupe de cheminots, sans doute du dépôt Paris-Sud-Masséna, s’approche, déterminé, et les invective. Le service d’ordre du PS emmène au loin Olivier Faure. Les cheminots reviennent, hilares, avec en guise de trophée un drapeau du PS, qu’ils commencent à déchirer, avant de le brûler. Entre eux, ces travailleurs rigolent : « Ils n’ont vraiment aucune honte ! Que croyaient-ils ? Venir comme cela, parmi nous, c’est gonflé ! » La « participation » du premier secrétaire socialiste au défilé des cheminots aura duré moins d’un quart d’heure.

Société Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »
Reportage 6 février 2026 abonné·es

À Hellemmes-Ronchin, « on paye pour notre mort »

Depuis plus d’une décennie, l’association Da So Vas dénonce des conditions de vie alarmantes sur l’aire d’accueil en bordure de Lille et demande des solutions de relogement. Ce lieu est devenu un symbole du racisme environnemental subi par les gens du voyage.
Par Thomas Lefèvre
La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa