Ouagadougou nous concerne

Au-delà de la double attaque perpétrée du 2 mars, contre le QG de l’état-major de l’armée et l’ambassade de France, il se joue des choses décisives au Burkina Faso.

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Au-delà de la double attaque perpétrée à Ouagadougou le 2 mars, contre le QG de l’état-major de l’armée et contre l’ambassade de France, il se joue des choses décisives au Burkina Faso. Et qui nous concernent plus directement qu’on ne le croit. L’attaque montre certes que le jihad armé continue de s’étendre sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, mais croire et faire croire que le ressort de cette dynamique est strictement religieux, c’est se tromper ou mentir. Le Burkina Faso – dont la société civile pourtant très dynamique a conduit une révolution démocratique exemplaire en 2014 grâce au « balai citoyen » – est lui aussi pris en tenaille entre tous les fléaux… qui sont autant de leviers de recrutement pour les groupes armés.

Un État encore très faible, des infrastructures vétustes, une corruption facile ; un développement économique souvent confisqué par des puissances étrangères – compagnies d’exploitation en tous genres ou États – qui accaparent terres et richesses ; une sous-région totalement déstabilisée par des voisins très fragiles, sans compter l’aggravation des sécheresses, la croissance démographique (au Niger surtout), l’augmentation des migrations dans toute la zone ; enfin et de façon essentielle, des rapports sociaux (et non « ethniques ») conflictuels entre communautés – peule et mossie en l’occurrence – qui ont tout à voir avec l’accès aux richesses, aux pouvoirs, aux institutions (dont l’armée) ; des groupes motivés par l’accès aux ressources et aux routes commerciales (devenues routes de trafics), qu’étaient autrefois les sillons nomades, et qui brandissent également le drapeau de l’islam.

Face à ces enjeux, la France fait surtout la guerre. En 2008, Joseph Stiglitz dénonçait une « guerre [en Irak] à 3 000 milliards de dollars » et se demandait ce qu’aurait été le développement humain en Irak, dans la région et, au final, pour la planète si ces sommes avaient été dépensées pour faire la paix et construire le développement. On ne connaît pas encore le coût des guerres au Sahel, mais on peut être certain, là aussi, qu’investir dans les dix ans qui viennent dans la paix et le développement portera plus de fruits que faire la guerre. Naïf ? Pour les cyniques, oui. Mais pour les peuples subsahariens concernés, le chemin – chaotique ou prométhéen – sera différent, selon. Et les conséquences – directes et différées – au Maghreb, en Europe et au Moyen-Orient aussi. Mais quels chefs d’État pensent aujourd’hui sérieusement la paix et le développement ?


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