Tunisie : L’irréductible fracture
La démocratisation échoue sur la question sociale, et la marginalisation des régions de l’intérieur est le produit d’une longue histoire qui dure malgré les changements politiques.
dans l’hebdo N° 1496 Acheter ce numéro

Comme aux heures les plus chaudes de la révolution de l’hiver 2010-2011, mercredi 21 mars, un poste de police a été incendié à Mdhilla, l’une des cinq villes du bassin minier de Gafsa, alors que des centaines de jeunes chômeurs tentaient d’empêcher les ouvriers de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) de se rendre au travail. Depuis le mois de janvier, la région est de nouveau en ébullition et la production est quasiment bloquée. Les résultats du concours de recrutement à la CPG, dont l’annonce a été reportée six fois, suscitant les soupçons habituels de favoritisme, ont été l’étincelle de cette nouvelle protestation. En janvier 2008, c’était déjà la raison du soulèvement parti de Redeyef, un autre site minier, qui avait embrasé toute la région pendant six mois et que le pouvoir avait réprimé à coups de procès collectifs et de tirs à balles réelles. Ce mouvement avait été en quelque sorte la répétition générale de l’insurrection de décembre 2010, conclue le 14 janvier 2011 par la chute du régime.
Sept ans plus tard, les chambardements politiques n’ont rien changé à la vie de la région, où le temps semble figé. La crise sociale s’éternise, rythmée par les mouvements de chômeurs. L’extraction annuelle plafonne à 4 millions de tonnes, moitié moins qu’avant 2010. Les propriétaires de camions pour le transport du phosphate tirent profit du blocage des voies ferrées par des chômeurs, qu’ils