En Iran, le peuple veut choisir librement son destin

Dans la rue depuis le 28 décembre malgré une répression meurtrière, les Iraniennes et les Iraniens, d’abord mobilisés contre les conséquences de l’hyperinflation, poursuivent aujourd’hui un combat contre un régime devenu symbole de coercition, à la croisée de crises multiples.

Isabelle Avran  • 21 janvier 2026 abonné·es
En Iran, le peuple veut choisir librement son destin
Manifestation de soutien au peuple iranien, à Paris, le 18 janvier.
© Babeth ALOY / Hans Lucas via AFP

Inaugurée le 28 décembre par la fronde des commerçants du Bazar de Téhéran, la nouvelle vague de révolte qui secoue l’Iran se voulait d’abord une réaction à l’hyperinflation qui entrave depuis des mois leurs possibilités de vendre leurs marchandises autrement qu’à perte, notamment celles importées, mais qui comprime de même le pouvoir d’achat de toute la population. Le pays connaît un effondrement de sa monnaie, le rial, passée en quelques mois en 2025 de 800 000 à 1,4 million de rials pour un dollar.

En cause : à la fois les pressions extérieures et la politique économique du pays. Celle-ci repose en grande partie sur l’exportation du pétrole et de ses produits dérivés, sur laquelle pèsent les sanctions états-uniennes ainsi que celles de l’ONU, de retour depuis l’été dernier à la demande de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, à la suite des rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le difficile contrôle des installations nucléaires iraniennes. Principale cliente, la Chine a réduit ses importations de pétrole et fait pression sur les prix de vente.

À cela se sont ajoutées les conséquences de la guerre de douze jours menée en juin contre Téhéran par Tel-Aviv, à laquelle a finalement participé Washington. Par ailleurs, l’Iran importe une bonne part de sa consommation, en particulier agricole : une dépendance qui s’est renforcée avec la sécheresse de 2025, conséquence du réchauffement climatique mais aussi d’une gestion infructueuse du réseau hydraulique dans un pays dont le système de qanats (réseaux d’eau) faisait autrefois la fierté. La population ne manque pas d’accuser également la prédation et le clientélisme installés de fait par les Gardiens de la révolution, au moins depuis la fin de la guerre contre l’Irak (1980-1988).

Certains évoquent 2 000 morts, d’autres cinq à dix fois plus.

Dans un tel contexte, la révolte s’est propagée à ­l’ensemble du pays, dans les villes et les campagnes, et l’ensemble des classes sociales. Les classes moyennes qui sont sorties de la pauvreté ces dernières années (grâce notamment à des aides et à des crédits à la consommation) ne veulent pas y retomber, et les plus pauvres n’en peuvent plus.

À l’essoufflement économique se superpose une revendication de liberté. Liberté politique, mais aussi sociale et sociétale face à la police des mœurs et des corps, en particulier des femmes, une revendication nourrie lors des précédentes vagues – plus sectorielles – de contestation (en 2009, en 2019, et en 2022 lors du mouvement « femme, vie, liberté » qui a suivi la mort en septembre de Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée au motif qu’elle ne respectait pas le code vestimentaire en vigueur).

Mais les Iraniens interrogent aussi la politique sécuritaire du régime après la guerre de juin, meurtrière, destructrice, coûteuse, et qui a mis en lumière

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