Contre la loi asile-immigration, l'opposition citoyenne fait front commun

Les acteurs de terrain se sont réunis ce matin devant l'Assemblée nationale pour marquer leur opposition au projet de loi dont l'examen dans l'hémicycle est programmé cette semaine. Un refus déjà ancien et qu'ils comptent bien rappeler autant que nécessaire.

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Le comité d'accueil a répondu présent. Pour le premier jour des débats parlementaires de la loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration effective », les acteurs de terrain se sont mobilisés. Il faut dire que le texte porte bien mal son nom : « Malgré les amendements déposés en commission des lois, la philosophie de ce projet est restée la même : répressive et portant atteinte aux droits fondamentaux, lance Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade.

« Code de la honte »

Dès 10 heures, l'association marque le coup d'envoi. Une trentaine de membres sont réunis devant l'Assemblée nationale derrière une banderole « Code de la honte ». Ils brandissent des panneaux de signalisation détournés : « 90 jours de rétention », « chute de droits », « expulsions non stop » … « Cette action est symbolique, explique Geneviève Jacques, présidente de la Cimade. Nous avons joué sur le code de la route pour dénoncer les manquements du Code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Notre but c'est de sensibiliser les députés, en particulier ceux de la majorité gouvernementale, afin de les dissuader de voter contre cette loi liberticide. »

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Dans 40 villes de France, de Rennes à Clermont-Ferrand en passant par Toulouse, les membres de la Cimade sont allés interpeller leurs députés En marche devant leurs permanences. À Paris, le car est parti de l'Assemblée pour déposer les militants devant le siège de LREM, rue Sainte-Anne. Tandis que certains ont ressorti banderole et panneaux, d'autres sont allés remettre le fameux « code de la honte » aux membres du parti présents.

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Front commun

Midi, rendez-vous devant l'Assemblée nationale, place Édouard-Herriot. En attendant le début du rassemblement, l’orchestre s'échauffe et joue « The Partisan » de Leonard Cohen. Parmi les signataires de l'appel à manifester ; les intersyndicales de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), de l'Ofpra, mais aussi des avocats et les quelque 440 associations des États généraux des migrations. « Lors de son interview télévisée, Emmanuel Macron a martelé la soit-disant efficacité de ce texte et salué son ministre de l'Intérieur. Mais face à lui, il y a ce front commun, presque historique », se réjouit Léo Berthe, rapporteur à la CNDA.

D'ailleurs, les propos du Président la veille sont restés en travers de la gorge des militants. « Ses déclarations étaient d'un mépris sans nom, s'indigne Violaine Carrère du Gisti. Il oppose les associations et l'opinion publique mais, que sont les associations si ce n'est l'émanation des citoyens ? Il joue sur les discours de peur pour légitimer son projet de loi. » Face à ce mépris, les opposants dénoncent de plus belle un texte qui « sous couvert d'enfumage technique charge tous les migrants », explique Héloïse Mary du Baam. Puis la jeune femme commence une longue énumération : le doublement de la durée de rétention allant à 90 jours, la diminution des délais pour déposer sa demande et son recours d'asile, la banalisation des mesures d'expulsion… La liste est longue.

« Ce texte va dégrader encore plus nos conditions de vie »

Les prises de paroles alternent avec des séquences musicales, et notamment les mots forts du poète Abad Boumsong. Sur « La Marche funèbre », on lance des fleurs sur les cercueil du droit d'asile. Mais les premiers concernés sont aussi présents et se succèdent derrière le micro. Traoré, jeune Ivoirien, est là. Arrivé en France il y a deux mois, il dort à Paris VIII. « C'est important pour nous d'être ici aujourd'hui, de prendre part à la mobilisation. Ce texte va nous impacter et dégrader encore plus nos conditions de vie. » Lui et les exilés de Paris VIII ont fait une demande d'asile collective. « On verra la suite », soupire-t-il.

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Et justement, la suite, il la verra vraiment puisqu'avec trois amis, il a été invité par la députée insoumise Danièle Obono à suivre les débats à l'Assemblée, qui commencent dans la soirée. « C'est important que ceux qui sont concernés par cette loi puissent être écoutés lors des discussions, explique l'élue qui suit le projet depuis sa lecture en commission des lois. Pour ce qui est du vote, on verra qui va voter quoi, et surtout qui sera là ! » Derrière elle, alors que les organisateurs commencent à plier bagages après deux heures de rassemblement, un jeune homme prend le micro. En slamant, il raconte son récit, son quotidien de sans-papiers à Paris. « Je garde le sourire, et je le garderai. Je suis fier d'être ici. » Lorsqu'il se retourne vers l'Assemblée et le cordon de policiers qui l'entoure, il sourit toujours.


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