La marche des indignes

Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron se drapait des habits humanistes. Rien ne pouvait laisser supposer qu’il se renierait de façon aussi sale

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S ur ce sujet, nous touchions à des questions de conscience », résume Jean-Michel Clément, député désormais ex-LREM de la Vienne. En votant contre « des mesures qui sont plus des mesures de police que des mesures d’accueil », il a suivi la sienne, avec tous les autres députés de la gauche.

Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron se drapait lui aussi des habits humanistes et clamait à qui voulait l’entendre qu’il fallait suivre Angela Merkel en matière d’accueil des migrants. « La chancelière et la société allemande dans son ensemble ont été à la hauteur de nos valeurs communes ; elles ont sauvé notre dignité collective en accueillant des réfugiés en détresse », disait-il alors. Propos audacieux dans une France qui voyait continuellement ses gouvernants alimenter les peurs xénophobes ; propos utiles dans un pays gangrené par les idées racistes de l’extrême droite, à qui il a fallu faire mordre la poussière le soir du 5 mai.

S’il était acquis que l’homme conduirait une politique pro-capitaliste, rien ne pouvait laisser supposer qu’il se renierait de façon aussi sale un an plus tard, en faisant voter une « loi asile et immigration » dont l’intitulé dit à lui seul les confusions et amalgames nourris par le Front national. Ce dernier ne s’est pas trompé en votant, avec la majorité des députés LREM et LR, notamment l’article 5, qui allonge à 90 jours (contre 45) la durée de rétention des étrangers, enfants compris.

Qu’importe si la République est une promesse universelle, le pouvoir n’a cure des mises en garde du Défenseur des droits, de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, ni de toutes les consciences humanistes qui se sont exprimées avec force. L’ignominie doit passer et passera en force et au prix de tous les mensonges (l’annonce de la fin du délit de solidarité étant le plus cynique de tous). Qu’importe aussi si la France n’accueille, en nombre de demandeurs d’asile, que l’équivalent de 0,12 % de sa population (1).

C’est que Gérard Collomb n’a lésiné ni sur les mots ni sur les moyens. Se posant rempart à la « submersion », il a même eu des tâcherons non assermentés pour faire le sale boulot en pleine montagne : Génération identitaire, telle une ligue factieuse des années 1930. Il a nourri la bête immonde, sous les applaudissements des députés marchistes et du président de la République. Linguistes et philosophes établissent une nuance entre salauds et lâches. Avec sa politique à relent xénophobe, l’exécutif et sa majorité ont montré qu’on pouvait être les deux… en même temps.

(1) Source Eurostat.


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