« Le football est un langage universel »

Dans un essai historique original, Mickaël Correia revient sur les origines du ballon rond et les batailles pour son appropriation. Une épopée sociale, sportive et politique.

Jean-Claude Renard  et  Pouria Amirshahi  • 4 avril 2018 abonné·es
« Le football est un langage universel »
© photo : L’équipe ouvrière anglaise du Blackburn Olympic (Lancashire, 1882)nDR

D’hier à aujourd’hui. Journaliste indépendant, collaborateur au mensuel de critique sociale CQFD et à la revue Jef Klak, Mickaël Correia livre un essai fouillé et argumenté, une somme étonnante et originale sur le ballon rond. Une histoire qui s’ouvre au Moyen Âge, du côté de l’Angleterre et de l’ouest de la France, avant de gagner, au fil des siècles, tous les continents, brassant toutes les cultures. Mêlant l’anecdote à la grande histoire, convoquant rebelles et contestataires, amateurs et professionnels, cette Histoire populaire du football se joue du Brésil au Mexique, de Palestine en Égypte, de France en Algérie, d’un régime et d’une révolution à l’autre. Loin de se contenter de dénoncer le « foot business », l’auteur dessine le portrait en pied d’un puissant instrument d’émancipation pour les ouvriers, les militants anticolonialistes, les féministes et les jeunes des quartiers populaires.

Votre essai établit très tôt le lien entre la naissance du football « moderne » et l’émergence, économique et politique, de la bourgeoisie…

Mickaël Correia : Les débuts du football sont en effet méconnus du grand public. C’est un sport paysan qui se pratique dès le Moyen Âge en Angleterre et un peu dans l’ouest de la France, et qui servait à renforcer la cohésion villageoise, notamment au moment du Mardi gras. Au XVIIIe siècle, le mouvement des enclosures dans les campagnes anglaises redéfinit la propriété et rationalise la production, phénomène que Marx analysera comme l’une des étapes fondatrices du capitalisme industriel, avec l’aval du Parlement anglais, largement représenté par la bourgeoisie rurale. Il dépossède les paysans – ainsi que leurs villages et leurs paroisses – du football qu’ils pratiquaient sur leur territoire.

On assiste alors à une domestication des jeux populaires : les espaces vont se réduire et les règles se préciser pour éviter tout débordement. À l’instar du Parlement, avec deux camps politiques face à face et surplombés par un chairman vêtu de noir qui distribue la parole, le terrain verra deux équipes s’opposer et un arbitre, lui aussi vêtu de noir, veiller au respect de règles jusque-là inexistantes.

Les classes paysannes d’abord, ouvrières ensuite, s’approprient ce sport, tandis que les classes bourgeoises y voient également un élément de contrôle social et policier. Il existe donc un mouvement

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Société Idées
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